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Hommage du Forum Radio Télévision des droits de l’homme aux frères SOKI Emile SOKI DIAZENZA et Maxime SOKI VANGOU
Crée le 07/05/2011 à 15:06:12
Mis à jour le 07/05/2011 à 15:06:12

Le destin des deux frères Soki était intimement lié, tant sur le plan musical que dans la durée de leur vie. (Droit à l'éducation et au développement culturel)

Le destin des deux frères Soki était intimement lié, tant sur le plan musical que dans la durée de leur vie.


IL y a 21 ans en mai 1990, décédaient les deux frères SOKI, à l’intervalle de deux semaines. Les mélomanes congolais des deux rives et du monde perdaient alors les deux belles voix de Bella Bella.
Le destin des deux frères Soki était intimement lié, tant sur le plan musical que dans la durée de leur vie. Ils étaient tellement liés qu'on ne pouvait pas parler de l’un sans faire allusion à l’autre. Cela ne pouvait être autrement puisque tous les deux étaient fils de Joseph Soki et Madeleine Nkassa, une famille de sept enfants. A des milliers de kilomètres de distance et à quatorze jours d"intervalle, chacun d"eux a rendu son âme à Dieu le même mois de la même année.
Maxime Soki Vangou est né à Kinshasa le 8 août 1947, est décédé en Allemagne le 18 mai 1990 à l’âge de 43 ans. Son cadet Emile Soki Dianzenza est né en 1953 est décédé le 4 mai 1990 à Kinshasa à l'âge de 37 ans des suites d’un arrêt cardiaque. Evidemment, le destin du groupe musical « Bella Bella » lié à celui des deux frères, l'orchestre qu’ils ont créé ne leur a pas survécu.
Ce qui est vrai c'est que les deux frères avaient des tempéraments opposés . Leurs relations étaient marquées souvent par des ruptures et des réconciliations tout aussi spectaculaires. Si Emile Soki Dianzenza était timide, calme et rancunier, il était tout à fait le contraire de son frère aîné Maxime Soki Vangu, extraverti, impulsif, parfois brutal mais surtout généreux. Maxime à titre d'exemple a parrainé et soutenu Papa Wemba dans la création de l’ensemble Viva la Musica, en mettant à sa disposition des instruments de musique.
Le Forum Radio Télévision des droits de l’homme par la volonté de son promoteur Maurice Massengo-Tiassé s’est donné la mission de perpétuer l’œuvre et la mémoire d’Emile Soki Dianzenza et de Maxime Soki Vangu en rendant hommage à ces deux idoles des jeunes. D'ailleurs au nombre des chansons souvent demandées par les auditeurs de la Radio forum figurent en bonne place les chansons des frères Soki. La radio forum n'a pas hésité de reprendre la chanson Sofélé comme indicatif d'une émission destinée aux conducteurs. Et parmi les fidèles auditeurs de forum très attachés à Bella-bella nous pouvons citer Masbar Massamba Vincent Makanga et Robert Massamba Débat cofondateur de l’orchestre les techniciens devenu chanta Bouita.
Nous révélons aux auditeurs qu’étant élèves au lycée Savorgnan Maurice Massengo Tiassé, et ses amis Masbar Massamba, Madieng, Simper Mafouana, Charles lounana et Jacquot avaient traversé en juillet 1971 le pool malebo pour aller voir, encourager et saluer les frères Soki à Kinshasa au quartier Bandale et à Matété au bar confiance.
Les jeunes Congolais de moins de vingt ans ne les ont pas connus mais entendent certainement parler des deux frères Soki, Maxime et Emile.
Le talent des frères Soki avait éclot dès leur enfance.

Très jeune, Maxime Soki entre à l’internat de la Colonie scolaire de Boma où il fait ses études primaires chez les Frères des Ecoles Chrétiennes. Bien tôt, Maxime Soki, affectueusement appelé Max, fascine ses ainés par l’art du chant et de la composition dont il fait montre.
A ce titre, il épate les internes au sein d’un orchestre dénommé « Mabos Jazz ». Cette formation musicale qui agrémentait certaines soirées récréatives à l’internat de Boma.
Max Soki prend ses marques dans le grand monde de la musique en accompagnant son frère cadet, Emile au Festival de la chanson, organisé au Stade Tata Raphaël de Kinshasa par l’artiste Gérard Madiata.
L’histoire des frères Soki a commencé en 1969, par le triomphe à 16 ans du jeune Emile sorti premier d'un concours de la chanson organisé par Gérard Madiata. Ce succès lui a conféré très tôt le statut de vedette. Celui-ci abandonne ses études au niveau de la 3è année secondaire pour la musique. De son côté son frère aîné Maxime Soki Vangu 23 ans qui poursuit ses études à la colonie scolaire de Boma et à l’université de Lubumbashi pratique la musique en amateur avant de suivre les pas de son jeune frère et former l’ensemble Bella Bella , une formation née sur les cendres de l’orchestre Miredo de la commune de Kasa-Vubu à l’époque Bandale.
Venu à la musique à l’âge de 15 ans et demie, le « Tout Petit » Emile Soki a connu un succès foudroyant à côté de Maxime Soki, son frère aîné, à la tête de leur groupe, Bella-Bella.
A l’issue de ce concours, Soki Vangu et son frère Emile Soki produisent aux éditions «La Musette» de Charles Lokelo quelques titres dont «Luta», une œuvre de Jean Bosco qui reçoit un accueil délirant auprès du public.
Bella-Bella, est le nom de leur groupe d’accompagnement destiné au départ à égayer les jeunes au cours des matinées festives et qui, après le succès qu’il enregistre, deviendra plus tard le grand orchestre qui fera bouger Kinshasa et Brazzaville .
Soki Vangu compose alors les chansons «Mwasi ya Bato» et «Misère ya basi». Ce sont là les premiers accents de Bella-Bella sur disque. Ils démontrent à tous le grand talent et la grande maitrise de la technique de chant de Max Soki. Sa maturité musicale étonnera plus d’un mélomane.
Après le succès récolté par le groupe et par l’artiste, Maxime Soki décida en 1969, sous les auspices de Verckys Kiamwangana Mateta, de créer donc formellement l’orchestre Bella-Bella.
C’est le 15 août 1970, que Soki Vangu lance officiellement l’orchestre Bella-Bella chez «Appolo Bar», dans la commune de Bandalungwa. De 1970 à 1973, il conduit l’orchestre en véritable seigneur de la chanson, avec des titres comme «Mwana yoka toli», «Place aux vedettes»…
Après l’épanouissement musical et financier de Soki Vangu, l’orchestre Bella-Bella entreprend des tournées à l’intérieur et à l’extérieur du pays et consolide une réputation établie.
Les deux frères volent la vedette aux autres artistes. Accompagnés des guitaristes Johnny Roger et Jean Bosco, les frères Soki étaient inégalables sur le plan artistique. On remarquera également leurs danseuses qui prendront les noms de Sokirettes. Les tubes comme Baboti bapekissi, Sylvie, Alexandrine, Mwasi ya moto, Luta et tant d'autres sortis sous le label des éditions La Musette de Lukelo, ont fait plus que danser les mélomanes de toute l'Afrique.
Quelques années après, l'orchestre change le fusil d'épaule et intègre l'écurie Vévé de Verckys Kiamwangana qui en était à ses débuts. C'est la défection en masse des musiciens de Bella Bella. Mais contrairement à ce que tout le monde croyait, l'orchestre est monté encore en flèche avec l'apport du bassiste Emmany Kahamba Shaba, des solistes Kinzunga Tonton Ricos et Dino Vangu avec Bissikita (accompagnateur), Kayembe (mi-soliste), Nkuka Nono (drummer), Kialungila (saxo), Michael (saxophoniste), Domain (trompettiste), Manzenza (trompettiste) Wawanko Zoé (tambourineur). A l'allure où les choses allaient , l'orchestre Bella-Bella etait devenu l'un des ensembles musicaux les plus prisés des Kinois et des Brazzavillois.
Le poids du succès a entraîné la brouille de certains artistes avec les Soki qui s’absentaient souvent aux répétitions et parfois aux concerts, abandonnant Bella Bella à son triste sort.
Maxime Soki Vangu embauchera Danos Canta Nyboma qui donnera un nouveau souffle à l'orchestre. Des chefs-d'œuvres comme Lina, Mandendeli, Mbuta, Bipale ya pembeni, Sofele, Marcelui et tant d'autres ont fait rage à cette époque et ont remonté la côte de Bella-Bella.
Mécontent, Emile Soki quittera le groupe pour aller créer son propre ensemble musical dénommé Le Bella-Mambo avec la bénédiction de Daudet Matolu dit Papy Tex et NKanda bongo.
Plusieurs sources reconnaissent que l’idée de la création de l’orchestre Bella Bella est de Maxime Soki (Vangu) après concertation avec Nyboma depuis le Negro succès, tout en laissant clairement entendre que c’est Emile Soki (Dianzenza) qui fut à la base des premiers enregistrements réalisés aux éditions la Musette. (Marie Yeye, Baboti bapekisi,..)
Il faut relever qu'à cette époque, l'orchestre Empire Bakuba avait déjà vu le jour. Ses ténors Pépé Kallé, Papy Tex et Dilu Dilumona avaient un sérieux problème d'instruments de musique pour jouer des concerts. Ils étaient contraints de se débrouiller chacun à sa façon. C'est ainsi que Pépé Kallé va intégrer le Bella-Bella durant quelques mois. Il prêta sa voix dans les chansons tels que Mbuta, Kamale, Kimbundi, Lipua Lipua, Sola, pour ne citer que celles-là.
De son côté, Emile Soki faisait fureur avec Tongo etani et Mazina de Kanda Bongo. Cela se passe entre 1972 et 1973. Les nostalgiques qui fréquentaient cet orchestre se souviennent encore d'un sympathique portier qui mesurait à peine 1,50m et qui aimait tellement l'orchestre qu'on l'avait surnommé Bella-Bella; une mémoire vivante de cet orchestre qui habite encore sur Makanza à Nguiri-nguiri.
Voici donc les frères Soki réconciliés et prêts à poursuivre leur carrière musicale. Mais une question se pose : où trouver le financement ? Les mécènes sont devenus rares. Pour s'autofinancer, les deux frères créent les éditions « Allez-y frères Soki ». Ils lancent deux chansons sur le marché avec l'apport de Dizzy Mandjeku. Il s'agit des chansons « Bienvenue Doudou » de Maxime Soki Vangu et « Sentina » d'Emile Soki Dianzenza. Avec ces deux tubes, ils récoltent un succès fou à tel point que les artistes Tedia, Kilola, Diasi, Mboma Julien intégrent le groupe pour prêter main forte à Pongi Mananga Firmin le cousin et Shaba, le compagnon de tous les temps de frères Soki.
L'aventure recommence, Bella-Bella reprend du poil de la bête et mobilise les foules dans tous les bars où il se produit. Les deux frères ne tarissent pas en compositions à succès. Mwana yoka toli, Menga, De base, Tikela ngai mobali, Pambindoni, Nganga, Houleux-houleux, Zamba, et tant d'autres chansons envahissent les discothèques durant deux bonnes années. Les affaires fleurissent. Soki Vangu construit un immeuble de trois étages dans la commune de Bandalungwa. Il roule carrosse et effectue des voyages en Europe.

En dépit des apparences, le climat n'est pas si serein au sein du groupe. En 1977, Maxime Soki Vangu emmène son frère Emile en Voyage en Europe pour une série de concerts. Coup de théâtre, le jeune homme rentre à Kinshasa après trois jours parce qu'il ne pouvait pas supporter le froid. La santé de Emile Soki Dianzenza devient préoccupante. Il est atteint d’une infection pulmonaire et ses nerfs semblent touchés et il abandonne l'orchestre Bella-Bella. Curieusement entre temps, on l'aperçoit en train de jouer en play back ses vieilles chansons moyennant une aumône dans certains bars de Kinshasa. Il est en piteuse mine pratiquement réduit à l'état de mendicité. Les nerfs du jeune homme ont craqué.
Plus tard Canta Nyboma révelera qu’en dépit du fait que c’est Maxime Soki qui coordonnait les activités de l’orchestre , Emile Soki était la vedette et le véritable patron de l’orchestre . Il venait aux concerts tardivement. Dès son entrée, on arrêtait la musique, avant de recommencer par sa chanson préférée, « baiser ya litama ». Emile Soki ne supportait pas la présence de son frère. Plusieurs fois il avait essayé de pousser les musiciens à s’en aller, pour créer une autre formation.
Alors, rien ne va plus à l’orchestre Bella Bella et les musiciens désertent les uns après les autres. Maxime se rend à Abidjan en Côte d'Ivoire où il enregistre Zizina qui devient un grand succès. Malgré un mal sournois qui le ronge et des moments de repit, Soki Vangu poursuit tout de même sa carrière musicale et compose les tubes comme zing zong, longola nga soni et Tolembaka té. Malgré ce baroud d'honneur plus rien ne marche. Envahit par le désespoir de voir son frère Emile abandonner les Bella Bella.
Pour manifester son mécontentement, Emile Soki , aux dires des membres de sa famille (notamment sa soeur Soki Fouani Eyenga et son frère Baudoin Soki) avait décliné toutes les offres et largesses de son frère aîné à son égard : voiture, voyages en Europe. Une attitude jugée par la famille comme relevant des caprices enfantines de Soki Emile.
Il aurait préféré gérer lui-même les fruits de son talent musical .

Le côté intellectuel et éventuel bon manager de son frère aîné ne comptait pas pour lui. Son malheur était accentué par la tradition africaine qui accorde difficilement raison au moins âgé. Son errance exprime peut-être la recherche de son bien perdu, Bella Bella.

Maxime doute de lui et baisse les bras. Les proches collaborateurs de Bella-Bella comme Shaba, Pongi Mananga et Diasi Kadi rallient l'orchestre Afrisa de Tabu Ley. Bella-Bella n'avait plus pignon sur rue et ne faisait plus de recettes.
Maxime Soki désespéré gagne l'Europe en 1982 pour tenter de faire « un come-back ». On l'aperçoit tantôt en Belgique, France, Suède et en Allemagne où il s’installe. C'est toujours l'impasse à Kinshasa pour son petit frère Emile Soki.
En 1987, Emile souffrant d’une infection pulmonaire accuse une santé très précaire. Malheureusement c’était une personne qui négligeait les prescriptions des médecins et meurt d’une crise cardiaque le 4 mai 1990. A l’annonce de la mort de son jeune frère, Max Soki Vangu atteint d’une infection rénale, très affecté et ne s’en remettra pas. Il décédera à son tour le 18 mai 1990 en Allemagne.
Leurs décès tragiques, en l’espace de deux semaines, deux vendredis du mois de mai 1990, donne encore lieu à de nombreuses spéculations
Contrairement aux supputations avancées çà et là par la mort rapprochée des deux frères Soki, Florentine Fuani Eyenga Soki leur sœur, a balayé d’un revers de la main les racontars, assurant le public qu’il ne s’agissait nullement d’un problème de force mystique ni d’un pacte qu’ils auraient signé ensemble.
Ce que la postérité retiendra c’est leur répertoire musical qui d’une part résiste à l’usure du temps mais demeure l’un des plus appréciés de la musique congolaise. Bella Bella , ce super groupe kinois aura une influence majeure sur de plus jeunes musiciens et compositeurs, comme Papa Wemba, Koffi Olomide, etc...
Arsène Malonga et Ingrid Flora MT