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Le devoir de mémoire sélectif de Sassou Nguesso -3 novembre 1993 – 3 novembre 2013 : 20 ans après aucune stèle n’a été érigée à Bacongo
Crée le 20/11/2013 à 11:52:33
Mis à jour le 20/11/2013 à 11:52:33

L'histoire congolaise tronquée par l'amnésie d'un dictateur (Actualités)

L'histoire congolaise tronquée par l'amnésie d'un dictateur

Le devoir de mémoire sélectif de Sassou Nguesso - 3 novembre 1993 – 3 novembre 2013 : 20 ans après aucune stèle n’a été érigée à Bacongo


Souvenons-nous de cette page noire de l'histoire du Congo, il y a vingt ans, l’attaque du 3 novembre 1993 des quartiers sud de Brazzaville - Bacongo et Makélékélé - lors des barricades, avait été précédée le 9 juillet 1993, par une campagne médiatique du général Yhombi Opango, Premier ministre nommé le 14 juin 1993 par le Président Pascal Lissouba.
Yhombi avait dénoncé les faits en ces termes :
« la mouvance présidentielle ne permettra plus, par tous les moyens, je dis bien par tous les moyens que Kolélas sème la haine et la division ; Kolelas dresse des barricades, Kolelas distribue des armes de guerre ; Kolélas terrorise les populations ; Jamais nous ne permettrons plus qu’un terroriste fasse la loi au Congo. Jamais nous ne laisserons le peuple être la proie des comploteurs… ».
Grâce à la médiation du général Raymond Damase Ngollo, les barricades sont levées et les personnes détenues illégalement sont libérées le 26 juillet 1993. La médiation à Libreville du Président Bongo a permis de régler le contentieux électoral avec la mise en place d’un collège arbitral international.
L’ouverture le 31 octobre 1993 de la radio alliance de l’opposition exclue des médias officiels depuis mai 1993 a été le détonateur de l’attaque à l’arme lourde de Bacongo et Makélékélé, par les bandes armées de la mouvance présidentielle appuyées par les forces armées congolaises.
Le mercredi noir du 3 novembre 1993 fera une cinquantaine de morts et une centaine de blessés. Une trentaine de militaires formés à Aubeville sera tuée. Pour cette opération de « ratissage », le gouvernement Yhombi Opango a mobilisé un bataillon de 400 faux et vrais militaires et une trentaine d’engins jamais utilisés ni jamais sortis depuis que le Congo existe. D’ailleurs Bernard Kolélas va déclarer le 28 novembre 1993, « Cette attaque, que rien ne justifiait, m’a laissé stupéfait devant l’énormité des moyens utilisés : engins lourds, notamment des Schilkas, des BRDM, des BTR, PB60, des Jeeps Sovamag, des lances roquettes, des canons de type B10, des canons 75mm sans recul. »
Le devoir de mémoire, aurait pu permettre la commémoration du 3 novembre 2013, jour du sacrifice involontaire des victimes de ces armes lourdes déversées sur les populations du sud de Brazzaville.
Et pourtant, le devoir de mémoire a été reconnu officiellement par le Président Sassou Nguesso à travers sa déclaration officielle du 5 janvier 1998 à l’ouverture du Forum national pour la réconciliation en ces termes: « L’heure est certes à la réconciliation, à l’unité et à la reconstruction. Mais une telle perspective, démocratiquement fondée, n’aura de valeur que si la responsabilité collective est engagée dans la condamnation des actes génocidaires et des crimes contre l’humanité commis par les potentats du régime déchu. Nous avons confiance en nos juges que nous réhabiliterons dans leur pouvoir souverain. Ils trancheront eux-mêmes. En toute indépendance. Nous devons honorer la mémoire des victimes de la funeste idéologie de la « tribu classe ». Ne pas le vouloir, c’est faire preuve d’une insoutenable irresponsabilité. ».
Le Forum national pour la réconciliation, l’unité, la démocratie et la reconstruction avait reconnu « qu’un peuple qui perd sa mémoire est un peuple voué à la stagnation et à la régression ».

C'est pourquoi il a été recommandé « l’érection d’une stèle en mémoire des deux guerres civiles, la création d’un musée de la guerre sont des véhicules indispensables et irremplaçables de valeurs historiques, patriotiques, civiques, morales et culturelles, nécessaires à l’épanouissement des populations, particulièrement de la jeune génération ».
Le président Sassou Nguesso avait vivement souhaité l’érection de quatre places à Brazzaville rappelant les conflits au Congo. Il s’agit de la place du 5 juin 1997 à Mpila, la place de la République qui rappelle les assassinats du 30 novembre 1992 au Centre culturel Français, la stèle du boulevard des armées dédiée aux victimes de tous les conflits du boulevard des armées. Bacongo et Makélékélé qui ont connu les premiers bombardements de l’armement lourd a le droit aussi d’entretenir ce devoir de mémoire, comme la réhabilitation de la stèle de la concorde construite par le Comité intercommunautaire de Mfilou-Ngamaba en octobre 1995 et détruite malheureusement après octobre 1997.

On se souvient il y a quinze ans, le Président Sassou avait permis à Me Massengo-Tiassé en tant que membre du parlement de transition, d’inaugurer le 3 novembre 1998, au marché Commission à Saint Pierre, la place du 3 novembre 1993 et de déplacer ainsi le BRDM neutralisé par les résistants de Bacongo cinq ans plus tôt.
Cette volonté d'ériger la 4ème place au marché commission a été abandonnée, après la violence aveugle sur les populations du pool sous le prétexte d'éliminer la résistance ou la rébellion armée du 18 décembre 1998.
Le devoir de mémoire pour les victimes innocentes des guerres civiles est une nécessité en vue d’éduquer les générations à venir, afin que plus jamais pareille calamité monstrueuse ne se reproduise au Congo.
Les victimes innocentes de l’histoire douloureuse du Congo, ne doivent en aucun cas et sous aucun prétexte, être oubliées, ni effacées de la mémoire collective du peuple congolais.
C'est avec courage, que les ressortissants du Pool et des pays du Niari, résidant dans la première circonscription de Mfilou-Gamaba,* avaient érigé une stèle à PK Mfilou en octobre 1995. Malheureusement cette stèle a été détruite après octobre 1997.
Les ressortissants du Pool et des pays du Niari en tant que principales victimes des troubles socio-politiques de 1993-1994 ont par ce symbole de l’érection d’une place de la Concorde privilégié le dialogue, la réconciliation et la concorde inter communautaire dans la circonscription.
Ils ont pour cela proclamé leur volonté de mettre le peuple à l’abri de la manipulation du sentiment ethnique à des fins inavouées.
Ils avaient pris solennellement l’engagement de tout mettre en œuvre en faveur de la consolidation de la paix dans les quartiers où cohabitent toutes les communautés nationales et de créer un cadre de concertation et de gestion de la vie communautaire dans la localité, dénommé : « Comité pour la Concorde inter Communautaire de Mfilou-Ngamaba ». Ce comité pour la Concorde avait eu le mérite de Créer un climat de confiance réciproque entre les ressortissants du Pool et des pays du Niari vivant dans la circonscription.
De nombreuses initiatives étaient prises pour promouvoir la culture démocratique et la paix au sein des communautés ethniques et veiller à la libre circulation des personnes et des biens et la prévention des conflits ethniques.
Aujourd’hui vingt ans après les populations des quartiers sud de Brazzaville réclament la reconstruction d'une part de la place de concorde démolie à PK Mfilou et d'autre part la place du 3 novembre 1993, au marché Commission, pour ne pas entretenir l’idée très répandue d’une histoire qui serait une fable des vainqueurs de 1997 et 1999, véritables bombardiers sur le point de récidiver pour conserver le pouvoir.
Le 3 novembre 2013 aurait pu être le grand jour solennel du grand pardon du Chef de l’Etat au peuple meurtri et d’adresser toute sa compassion aux nombreuses victimes des luttes politiques, des querelles intestines, des injustices et de la mauvaise gouvernance.

Si le Congo n’est jamais aussi fort que lorsqu’il est uni, nous constatons que la division s’accentue dans les communautés nationales avec la politique délibérée de discrimination ou de préférence régionale et tribale, les congolais n’ont plus le sentiment de vivre unis fraternellement sous les plis du drapeau national. C’est dommage que le nouvel Etat congolais de l’après 1998 voulu par le Président Sassou Nguesso « ne soit devenu qu’un Etat du laisser aller, de l’abandon du devoir, de la léthargie, de la recherche effrénée de la facilité ne menant nulle part dans le monde d’aujourd’hui, qui est exigence de performance, de compétitivité, de rendement, de savoir et de savoir-faire. »

Il faut que le Congo redevienne la Nation solidaire qu’elle a été au moment de l’indépendance et de la Conférence nationale. C’est pourquoi il est judicieux de rafraîchir la mémoire du Président Sassou Nguesso, qui déclara justement, le 14 janvier 1998 à la fin des travaux du Forum National pour la Réconciliation, l’unité, la Démocratie et la Reconstruction du Congo : « Si nul n’a le monopole de la bonne démocratie, ni la recette de la bonne gouvernance, il n’en demeure pas moins qu’un certain nombre de critères essentiels s’imposent à toute démocratie véritable, fondée sur le droit et respectueuse des droits de l’homme. De ces droits multiples, je n’en mentionnerai, qu’un seul le droit à la vie.» fin de citation.
Le droit à la vie, droit fragile de chaque individu est malmené, car il n’est pas hautement protégé malgré l’engagement que le Président Sassou Nguesso a pris solennellement de protéger les congolais contre la torture ou tout autre traitement dégradant. Les arrestations arbitraires, les détentions abusives, la pratique de la torture, les intimidations, le transfèrement de prisonniers certains non jugés d’autres condamnés incarcérés à la maison d’arrêt dans les maisons d’arrêts d’Impfondo et de Ouesso, nous font revivre l’ère des déportations des prisonniers sous le monopartisme.
Que pense le Président Sassou-Nguesso, de la mesure arbitraire de déportation des prisonniers mettant ainsi en danger la vie de ces détenus ? Dores et déjà, le Forum des Droits de l’Homme exprime sa préoccupation aux mauvais traitements infligés au Colonel Mbango Jean Claude, Okili Ngampio Roland, Kakom Kouack Blood déportés à Impfondo, Mpikindza Mandali Destin Noé, déporté à Ouesso depuis le 31 octobre 2013.Où Sassou veut conduire le Congo ? On est en face d'un psychodrame mystico aliénante ou la culture se mêle à l'histoire dans un mysticisme diabolique.

On peut s'interroger avec Jean Claude Béri qui écrit "Pourquoi ériger une statue à la mémoire d’Edith Lucie Ondimba ? Voilà la grande question. Quelle est l’œuvre grandiose qui a rassemblé tous les congolais pour qu’on puisse attribuer à celle qui fut la première dame gabonaise, une statue a son honneur ? Certes, elle a beaucoup contribué au retour au pouvoir de son père, doit-on l’honorer de cette action qui a permis l’assassinat des milliers de congolais ? Concourir à armer son père dans l’assassinat de la démocratie congolaise est-elle un acte historique pour les congolais? C’est un caprice personnel de plus. C’est surtout un gadget négatif, le pire signe que l’on puisse donner pour le développement touristique de Brazzaville et surtout pour la mémoire d’Edith. Mettre la mémoire de sa fille au-devant des critiques les plus acerbes relève simplement d’une pathologie souvent atteinte par les dictateurs en fin de règne."**


P Banzouzi Tensikila


*Réunis le 4 mars 1995 en Assemblée Générale, dans l’enceinte de la paroisse Ndona Marie autour du Député MCDDI, Mateta Daniel Luc Adamo, du Député Suppléant Malonga Philibert et Monsieur Mombod Léopold candidat de l’UPADS, battu aux législatives anticipées de 1993.
**Lire l'article de Jean Claude Beri "La folie d'un dictateur" publié le 17 novembre 2013 par Congo Liberty