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Le Pape François un prêtre engagé contre la pauvreté, considérée comme une « violation des droits de l’homme ». Par Maître Maurice Massengo-Tiassé
Crée le 16/03/2013 à 00:42:00
Mis à jour le 16/03/2013 à 00:42:00

Mercredi 13 mars  élection du  266è Pape, François  (Actualités)

Mercredi 13 mars élection du 266è Pape, François

Le Pape François un prêtre engagé contre la pauvreté, considérée comme une « violation des droits de l’homme ».

Jorge Mario Bergoglio est le premier Pape issu de l'hémisphère sud, en l'occurrence d'Amérique latine. Il est le premier Pape non-européen depuis Grégoire III 90ème Pape (731-741) et il devient le 266ème souverain pontife de l'Eglise catholique romaine.
Les 115 cardinaux réunis en conclave dans la chapelle Sixtine le mardi 12 mars, ont fait leur choix en un peu plus de 24 heures. Le mercredi 13 mars vers 19h05, l’Eglise catholique se dotait d’un nouveau Pape.

Qui est le nouveau chef de l'Eglise catholique ?
Jorge Mario Bergoglio de son nom civil, François en tant que Pape, est un archevêque argentin de 76 ans, originaire de Buenos Aires.
Né le 17 décembre 1936 à Buenos Aires, il est issu d'une famille modeste d'immigrés italiens. Son père est employé des chemins de fer. A 20 ans, il obtient son diplôme à la suite d’études de chimie. Il rentre très tôt dans la compagnie de Jésus, plus connu sous le nom de Jésuites, et étudie la philosophie. Le 27 juin 1969, il est ordonné prêtre. Jorge Mario Bergoglio poursuivra ses études et terminera sa thèse en Allemagne, dont il parle la langue. Enfin, il rentre en Argentine pour enseigner et diriger l'université de San Salvador de Buenos Aires. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages théologiques.
En 1973, il devient « provincial » d’Argentine, grade supérieur Jésuite (ordre religieux dont la priorité a toujours été l'éducation). Il est très respecté dans les lycées et universités.

Puis en 1992, il est nommé l’un des quatre Evêques auxiliaires de Buenos Aires. Sa consécration épiscopale s’est faite par le Cardinal Antonio Quarracino le 15 août 1992, jour de l’assomption de Marie.
Il est coadjuteur en 1997 avant d’en devenir l’archevêque en 1998. Enfin, le 26 février 2001 le Pape Jean Paul II le créé Cardinal et primat d’Argentine. Son titre cardinalice est Cardinal-prêtre de San Roberto Bellamino.

Son engagement envers les pauvres.
Le nouvel évêque de Rome est connu pour sa vie simple et son combat contre la pauvreté. Il a passé beaucoup de temps dans les paroisses défavorisées de la capitale argentine auprès des prêtres des bidonvilles.
Il a pris le nom de François en hommage à l'humble Saint de l'Eglise, Saint François d’Assise, une première dans l'histoire de la papauté. « Les cardinaux sont allés me chercher au bout du monde », a-t-il déclaré aux Romains et à près d'un milliard deux cents millions de catholiques qui suivaient cet évènement dans le monde, avant d'appeler à la « fraternité » au sein de l'Eglise et de prier pour son prédécesseur Benoît XVI, qui a choisi de démissionner le 28 février 2013.
François est un ascète combattant fermement la pauvreté. Il a souvent répété : «La pauvreté est une violation des droits de l'homme ».

Le passé trouble de l'Église argentine
« L'Eglise d'Argentine est l'une des plus contestées d'Amérique latine pour sa passivité, voire sa complicité, à l'égard de la dernière dictature militaire de 1976-1983 » rappelle la spécialiste Paula Paranagua. Le national-catholicisme était l'idéologie dominante des forces armées, qui comptaient sur la bénédiction de la hiérarchie de l'Eglise.
Horacio Verbitsky dans son ouvrage intitulé « El Silencio » édition Sudamericana, fait le récit des années de plomb de la dictature argentine de 1976-1983. Cette période de la junte militaire issue du coup d’état du 24 mars 1976 a été marquée par les enlèvements et la persécution des élèves, des étudiants, des ouvriers et des prêtres ouvriers tiers mondistes, très impliqués socialement dans les bidonvilles de Buenos Aires. C’est dans ces conditions que le 23 mai 1976, les forces de la Marine ont enlevé deux jésuites, Orlando Yorio aujourd’hui décédé et Francisco Jalics, alors sous l’autorité de Père Bergoglio.

Le Père Bergoglio a été injustement mis en cause dans cette affaire.
Peut-on réellement croire aujourd’hui que le Père Bergoglio, chef d’une congrégation de la compagnie de Jésus, était au-dessus de son Evêque, Monseigneur Miguel Raspanti qui tenta de protéger les deux prêtres jésuites arrêtés et torturés par la junte militaire ? Pourquoi n’a-t-on pas mis en causes toutes les autorités ecclésiales de cette période et pourquoi s’acharner sur un homme juste qui a toujours rejeté les accusations dont il a fait l’objet?
Le Congo aussi a connu des arrestations arbitraires des prêtres de la légion de Marie. En effet, en février 1965 l’abbé Emile Biayenda fût arrêté, torturé et supplicié dans les différents endroits de Brazzaville (Commissariat central, gendarmerie de Poto Poto, camp du djoué, police de la rue mbochi). Monseigneur Théophile Mbemba, Archevêque de Brazzaville avait multiplié les démarches pour tenter d’obtenir sa libération qui n’interviendra qu’au bout de 42 jours.
Il apparait dans de telles circonstances qu’il incombe à l’autorité supérieure, et non à un seul prêtre, d’entreprendre les démarches nécessaires pour mettre fin à cette violation.


Les juges argentins auraient pu continuer la procédure pour connaître enfin la vérité sur cette période obscure de la dictature en Argentine.
Le Conseil épiscopal d’Argentine a démontré cependant que le Père Jorge Mario Bergoglio a eu une attitude courageuse pendant cette période de dictature.
Dans son autobiographie publiée en 2005, intitulée « Le Jésuite », Père Bergoglio s’est disculpé en dédiant un chapitre entier à expliquer qu’il aurait, au contraire, fait tout son possible pour protéger les deux prêtres alors sous son autorité.

Il faut reconnaitre que le Père Bergoglio s’est opposé à la répression de la dictature et s’est distingué dans les dénonciations de la corruption des dirigeants argentins. Ce pourfendeur du néolibéralisme et de la mondialisation est particulièrement craint par l'élite politique argentine qui peut aujourd’hui alimenter une campagne de calomnie et de diffamation contre lui et affaiblir ici son action à la tête de l’église catholique.
Ne versons pas dans la désinformation et l’intolérance religieuse qui nourrit l’esprit anticlérical que je qualifie de catholicophobie.

Un nouveau pontificat plein de défis.

Ce nouveau pape travailleur infatigable se lève tous les jours à 4h30. Cette force de travail lui sera sans aucun doute utile face à la tâche qui lui incombe et qui n’est pas des moindres.
Il devra mettre de l'ordre au sein de l'organisation du Vatican où de récentes affaires de pédophilie ont éclaboussé l'Eglise catholique. En effet, la fin du pontificat de Jean-Paul II est marquée par l’émergence de scandales concernant des abus sexuels commis par des prêtres sur des mineurs. Plusieurs observateurs ont relevé que le Saint-Siège avait tardé à réaliser l’étendue de ces abus. L'habitude de traiter ces affaires en interne, et une certaine mansuétude envers des prêtres coupables, n'ont pas favorisé la reconnaissance publique des souffrances subies par les victimes. Dans ce contexte, le cardinal Ratzinger semble avoir participé, dans les années 1980, comme la plupart des évêques, à la culture de la discrétion sur ces affaires. Toutefois, il semble aussi avoir été un des premiers, au sein de la curie romaine, à avoir voulu faire preuve de plus de rigueur. Il a proposé, d'enquêter, en 1995, sur le cardinal Hans Hermann Groër, et en 1998 sur le père Marcial Maciel, fondateur des légionnaires du Christ, tous deux soupçonnés d'abus sexuels sur des mineurs. Ces propositions n’ont pas été retenues par une partie de la curie. Fin 2004, peu avant la mort de Jean-Paul II, Joseph Ratzinger obtient toutefois que l’enquête sur Marcial Maciel soit rouverte.
C’est ainsi dans ce contexte que le Pape François devra œuvrer pour restaurer l’image de l’Eglise, image qui souffre de part la grogne des mouvements pour le mariage pour tous. Réfractaire au mariage homosexuel, il s’efforcera sans doute à réaffirmer la position de l’Eglise sur cette question.

Une des interrogations qui subsiste concerne la santé de cet homme de 76 ans. Car en effet, le nouveau pape souffre d’une santé fragile. Il vit avec un seul poumon depuis l’âge de 20 ans.

Quoiqu’il en soit, compte tenu de ses engagements envers les pauvres et contre les dictatures, nous espérons que l’élection du Cardinal Jorge Mario Bergoglio à la tête de la plus grande Eglise du monde, encouragera la bonne gouvernance, condition primordiale pour réduire la pauvreté.


Me Maurice Massengo-Tiassé