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Le Professeur Charles Zacharie Bowao prédit l'implosion du pouvoir malgré la repression et la démocratie de l'intimidation du régime illégal de l'Oyocratie.
Crée le 20/09/2018 à 18:46:39
Mis à jour le 20/09/2018 à 18:46:39

Alain Juppé et Charles Zacharie Bowao est-elle prête à lacher le dictateur Sassou? (Actualités)

Alain Juppé et Charles Zacharie Bowao est-elle prête à lacher le dictateur Sassou?

INTERVIEW EXCLUSIF DU PROFESSEUR CHARLES ZACHARIE BOWAO* AU JOURNAL LA GRIFFE de Brazzaville: "Le pays va imploser..."

Interview du Professeur Charles Zacharie Bowao, ancien ministre, porte-parole de la Fédération de l’Opposition Congolaise sur la situation politique et économique du Pays.

La Griffe : Monsieur le ministre, les partis de la fédération de l’opposition congolaise dans laquelle vous faites partis ne sont pas sur la liste constituée par le ministère de l’intérieur concernant la nouvelle loi sur les partis politiques. Mais votre fédération politique continue à faire des déclarations, à exercer politiquement. On peut dire que vous êtes des récalcitrants politiques ou des hors la loi ?

Charles Zacharie Bowao : Nous sommes des congolais clairement engagés dans le jeu politique de ce pays et nous nous exprimons librement, conformément à nos convictions, aux attentes de nos compatriotes et à la lumière de ce qui se passe ailleurs. C’est la démocratie. Ce que les autorités établies du ministère de l’intérieur ont donné comme information, n’a aucune espèce de consistance administrative, parce que les lois qui organisent les partis politiques disent dans quelles conditions un parti politique peut être dissout. Alors, que le ministre de l’intérieur prenne ses responsabilités, qu’il écrive à chaque parti politique concerné par cette disqualification, à travers un arrêté, en tout cas, à travers un texte réglementaire, que ces partis n’existent pas. Si ce n’est qu’une intention politicienne qui vaut décision, nous ne sommes pas concernés. Alors pas du tout. Un état ne se gère pas avec des états d’âme, encore que l’âme de l’état c’est le refus des états d’âmes. Ce n’est pas parce que telle personne n’est pas en odeur de sainteté avec le pouvoir que son parti politique n’a pas droit au chapitre du jeu démocratique. Le mouvement citoyen que coordonne notre compatriote Clément Mierassa a rendu publique une analyse pertinente sur la question, et qui montre que même l’existence du PCT n’est pas conforme à toutes les dispositions de la loi. Dans ces conditions, épuisons d’abord le débat sur les règles du jeu politique afin d’éviter tout subjectivisme. Encore que la loi dispose toujours pour l’avenir. La démarche problématique du ministre de l’intérieur n’a pas de sens autre que celle de la « démocratie de l’intimidation ».
Nous sommes un groupement de partis politiques. La Fédération de l’Opposition congolaise et le Collectif de l’Opposition congolaise se sont constitués dans la dynamique historique de la quête démocratique du pouvoir. Ils restent ardents et continuent d’exercer leur liberté d’expression et d’action conformément aux lois et règlements légitimes, ils ne s’inclineront nullement devant ce bricolage juridico-administratif dont la finalité est l’exclusion systématique de toute démarche contradictoire pourtant légitime.

La Griffe : Malgré vos interventions, vos exigences ne sont pas prises en comptes. C’est comme si vous n’êtes pas écouté par le pouvoir.

Charles Zacharie Bowao : Ecoutez, les faits sont là pour savoir qui dit quoi et comment cela est apprécié. C’est tout. Pour nous, ce pouvoir est illégitime. Il résulte d’un coup d’état décrié par les congolais et par le monde entier. Il s’est conforté dans son illégitimité par la légalité née de l’élection présidentielle anticipée qui malheureusement s’est terminée par un hold-up électoral le 04 avril 2016. Ça veut dire que, par rapport au coup d’état anti constitutionnel, c’est un pouvoir illégitime, et par rapport à sa propre légalité imposée par les armes, c’est un pouvoir illégal. Telle est notre point de vue. Nous sommes des congolais, nous continuons à dire allons au dialogue inclusif, trouvons des compromis, des consensus sur l’ensemble des questions qui se posent et allons vers une situation apaisée, y compris sur la modernisation tant recherchée du champ politique afin de sortir le pays de la spirale pernicieuse des éthnopartis classiques ou non classiques.

La Griffe : Un accord a été signé pour mettre fin à la guerre qui sévissait dans le Pool après deux ans de pleurs, de malheurs et de morts. Comment appréciez-vous la répétition de guerres dans ce département.

Charles Zacharie Bowao : Pour nous, cette guerre dans le Pool n’avait aucune espèce de signification, ni humaine, ni politique. C’est l’expression de la barbarie politique, c’est l’expression du banditisme d’État. Une élection s’est passée, ceux qui ont gagnés l’élection sont connus, mais pour proclamer des faux résultats, le pouvoir établi a privilégié le schéma de la violence dont il a le monopole. C’est quand même curieux que tout ceci se passe le 04 avril 2016. On déclenche la guerre dans le Pool, en même temps que l’on proclame les résultats tronqués d’une élection que le candidat du PCT a bel et bien perdue. C’est dramatique comme situation. Et très tôt, nous nous sommes levés, entant qu’Opposition républicaine réelle (frocad, Idc, CJ3M), nous avons dit : arrêtons cette guerre dans le Pool. La guerre dans le Pool n’était pas autre chose que la remise en cause de la cohésion républicaine et la solidarité nationale à des fins de conservation d’un pouvoir clanique. Ce passage en force renouvelé après le coup d’état anticonstitutionnel, n’est que, tactiquement, l’arbre qui cachait mal la forêt constituée par la crise politique, économique et sociale dans laquelle les gouvernants actuels ont plongé ce pays. Il n’y avait pas d’autres solutions que l’arrêter. C’est pour cela que dès le 5 avril 2016, nous avons dit : arrêtez cette guerre ; elle n’a pas de sens. Personne ne la gagnera. C’est une guerre asymétrique, nous ne connaissons pas sur cette terre des endroits où une guerre asymétrique a été gagnée par une partie belligérante. L’exemple que j’avais pris à l’époque, c’était la Colombie, sans préjudice historique pour les guerres de libération nationale. Nous disions qu’il faut s’asseoir, discuter entre nous congolais avec la facilitation de la communauté internationale pour revenir à une situation honorable et respectable. C’est ce que nous avons dit sur cette guerre. On nous a dit que Ntumi était un bandit, un terroriste qu’il fallait écraser. Toutes les autorités originaires du Pool (députés, sénateurs et qui sais-je encore) devraient se réunir autour de Monsieur Denis Sassou Nguesso pour aller chercher Ntumi dans les buissons, plutôt que de prendre le mal à la racine.
Finalement, les faits ont donné raison à la Fédération de l’Opposition congolaise. Les deux parties belligérantes ont accepté de négocier la paix. Et à quel prix ? Les représentants de Monsieur Denis Sassou Nguesso et de Monsieur Ntumi ont signé l’accord de cessez le feu du 23 décembre 2017. Nous avons même appris à travers la presse que c’est un accord qui a été signé à l’initiative de celui-là même qui avait déclenché ce drôlissime de guerre. Ce n’est pas grave, l’important c’est que les populations ont depuis lors retrouvé un peu de quiétude et puissent, demain, vaquer à leurs occupations de survie. Notre Fédération a pris acte de la signature de cet accord et souligné que les belligérants avaient mis un terme aux hostilités, ensemble, allons à une solution globale parce que, encore une fois, ce qui s’est passé dans le Pool n’est que l’expression de ce qui se passe de manière globale dans ce pays depuis cette tragédie de constitution changée manu-militari alors que les congolais n’en ont pas voulu. La crise sécuritaire dans le Pool est une affaire politique nationale, et donc dépasse les deux parties en conflit. Alors, tirons les conséquences de toutes les questions liées à la stabilité politique et constitutionnelle, à la bonne gouvernance électorale, à la crise financière et économique, ainsi de suite, et reconfigurons les choses de manière à retrouver la crédibilité perdue dans le concert des nations. Aujourd’hui, nous nomme ridicules. Nous sommes un pays complètement déclassé dans le concert de la modernité malgré toutes les tentatives de visibilité diplomatique qui ne sont qu’un baroud d’honneur.

La Griffe : La guerre est finie dans le Pool, le mandat d’arrêt contre le Pasteur Ntumi a été levé. Vous exigiez que la guerre cesse dans le Pool. C’est acquis. Le Pasteur sera-t-il votre partenaire dans la fédération de l’opposition ou bien il est d’office membre ?

Charles Zacharie Bowao : Ce que nous savons, c’est que notre compatriote Frédéric Bitsangou a toujours revendiqué sa place dans l’Opposition. Et les raisons qu’il évoquait pour justifier sa résistance armée dans le Pool croisaient les problématiques politiques que nous soulevions pacifiquement. Voilà pourquoi nous disions asseyons-nous. Or, le pouvoir a dissout autoritairement le CNR. Je ne sais pas si le CNR est aujourd’hui réhabilité. Nous espérons que les discussions se poursuivent entre les représentants du Pasteur Ntumi et ceux du Président Sassou pour parvenir, entre autres, à la réhabilitation du CNR. Une fois le CNR réhabilité, il appartiendra aux dirigeants de ce parti politique de se définir dans le contexte en place. Si le CNR décide, pour une raison ou pour une autre de collaborer politiciennement avec le pouvoir en place, cela relèvera de sa responsabilité historique. Nous pensons que sur le plan de la réconciliation politique globale, nous avons en partage un certain nombre de préoccupations qui engagent l’avenir du pays. Le CNR a sa place parmi nous pour construire un nouveau consensus politique à travers les conclusions d’un dialogue politique inclusif qui est le seul compromis historique pour sortir pacifiquement notre pays de l’insalubrité publique actuelle.

La Griffe : L’un de vos partenaires le Président Guy Romain Kinfoussia qui a été évincé de l’Udr-Mwinda. Quelle place lui réservez-vous au sein de votre fédération politique ?
Charles Zacharie Bowao : Nous ne comprenons pas très bien ce qui se passe au niveau de l’Urd-Mwinda. Le secrétaire général de ce parti politique a signé le mémorandum de la plateforme de ce que nous considérons comme l’opposition choisie et organisée autour de notre compatriote Pascal Tsaty Mabiala, pendant que Guy Romain Kinfoussia, au nom de l’Udr-Mwinda, en tant que Président de la même formation politique, siège au Frocad et donc à la Fédération de l’Opposition que préside Mme Claudine Munari. Nous espérions qu’au niveau de l’Urd-Mwinda, une solution démocratique, responsable allait être trouvée. Malheureusement, une partie de l’Urd-Mwinda joue la partition du pouvoir autour de la plateforme que dirige Pascal Tsaty Mabiala. Une autre partie non négligeable des militants de l’Urd-Mwinda fonctionne selon la logique de la Fédération. Nous suivons l’évolution de cette cacophonie. Mais ça va conduire certainement à un séisme politique au sein de ce parti politique. Il appartiendra à ceux qui sont proches du pouvoir de clarifier un jour les non-dits de leur attitude politique, et à ceux qui estiment qu’ils appartiennent à l’Opposition réelle autour du président Kinfoussia de se repositionner en conséquence. Tout cela peut paraître démocratique. L’important, c’est qu’on ne s’injurie pas et qu’on ne s’entre-tue pas. Mais, la situation du pays est telle aujourd’hui, livrer les partis politiques à la corruption, à l’achat des consciences ou autres manipulations désobligeantes, ne me parait pas digne des élites politiques de ce pays. Cela participe de l’insalubrité publique générée par ceux-là même qui ne parlent de la démocratie que pour mieux la torpiller. C’est bien dommage.

La Griffe : Accepteriez-vous, toujours, le président Kinfoussia au sein de votre fédération politique

Charles Zacharie Bowao : Jusqu’à la preuve du contraire, il n’y a aucune décision d’exclusion de notre compatriote Guy Romain Kinfoussia qui demeure membre de notre Fédération. Il a sa place parmi nous. Pour le reste, en homme d’expérience et d’honneur, il travaille de manière interactive avec les militants de l’UDR-Mwinda afin de surmonter cette épreuve. Nous suivons attentivement.

La Griffe : La justice congolaise est critiquée en bloc suite à l’affaire Paulin Makaya qui a eu un emprisonnement prolongé alors que la justice avait prononcé sa libération. Mais…

Charles Zacharie Bowao : …Je vais vous surprendre… Pour nous tout ça, c’est de l’amusement de mauvaise qualité. Qu’il s’agisse de l’arrestation de Paulin Makaya ou des procès organisés et qui se sont terminés aujourd’hui par sa condamnation à un nombre de mois correspondant au temps qu’il a déjà passé en détention abusive, afin qu’il recouvre sa liberté, tout cela, c’est du non-droit. Et quand nous prenons les autres procès politiques ou procédures judiciaires concernant les opposants Jacques Banangadzala, Anatole Limobongo-Ngoka, André Okombi Salissa, Jean Marie Michel Mokoko, tout ça, pour nous, c’est la honte du pays. Le pays ne dispose pas - loin s’en faudrait – d’un pouvoir judiciaire respectable. Nous sommes dans un Etat de non-droit, où l’injustice est la règle. Ce sont des procès et des procédures qui défient tous les instruments nationaux et internationaux pertinents relatifs aux respects des droits de l’homme et de la justice. Les Nations Unies l’ont fait constater à propos du candidat à l’élection présidentielle anticipée André Okombi Salissa. Une recommandation en bonne et due forme demande aux autorités congolaises de le libérer purement et simplement, et de le dédommager en conséquence. Nul doute que dans les prochaines semaines, il en sera de même pour Jean Marie Michel MOKOKO, le vainqueur de l’élection présidentielle anticipée de mars 2016.
Vous les avez suivis comme nous, ces procès staliniens et procédures iniques. Ce sont de vrais faux procès d’intention politicienne. Je sais que vous autres journalistes, êtes dans une neutralité affligeante, comme les magistrats congolais qui ont choisi de sacrifier leur indépendance professionnelle sur l’autel de la servitude volontaire du pouvoir en place. La Fédération soutient que ce sont des procès politiques. Les faits incriminés ne sont pas établis. A partir de ce moment-là, notre parole est la même : libérez les prisonniers politiques. Recherchons le compromis sur les problèmes qui se posent. Alors, ce n’est pas à moi aujourd’hui d’applaudir, le procès au terme duquel, le pouvoir est obligé de libérer Paulin Makaya. La place de Paulin Makaya n’était pas en prison comme celle de Mokoko, Okombi et autres dirigeants politiques. Non ! Tous ces compatriotes n’ont rien fait d’autre qu’exprimer leur droit de candidat à la présidence de la République ou à faire de la politique en désaccord normal avec ce que la minorité électorale du PCT entreprend dans l’intolérance systématique autour de son président. C’est pour cela que nos compatriotes cités se retrouvent en prison. En fait ces procès traduisent jusqu’à quel degré, le coup d’État anticonstitutionnel a engagé notre pays dans l’insignifiance historique, dans l’opacité gouvernementale face à l’avenir du pays. Nous sommes en train de reculer dramatiquement. Nous avons renoué avec l’époque du monolithisme triomphant où l’on tire sur tout ce qui bouge, l’on réprime la différence et la parole divergente. L’opposition politique n’a pas droit de cité. Ses dirigeants n’ont que le droit d’être cités à comparaître devant des juridictions à la solde du pouvoir établi. Pour nous, ce sont des non-procès à la mesure de la Constitution anti-démocratique qui nous régit actuellement. C’est pitoyable. Quelle misère !

La Griffe : Vous étiez ministre dans ce pays. Est-ce que vous voyiez venir la crise que nous vivons aujourd’hui. Si oui que disiez à cette époque. Si non. Qu’est-ce qui s’est passé après vous ?

Charles Zacharie Bowao : J’aurai aimé ne pas répondre à cette question. J’aurais aimé vous renvoyer à ce que j’ai toujours écris sur la refondation politique à l’aune de la Nouvelle Espérance (2005), puis à ma Lettre ouverte au Président Denis Sassou Nguesso du 20 janvier 2015. Pour moi, c’est largement suffisant, pour dire qu’en réalité, je n’ai jamais changé. J’ai toujours été, peut-être tenu par mon métier de philosophe et par mon éducation, par ce que j’appelle, la radicalité éthique. C’est-à-dire, cette posture qui m’emmène sur le plan éthique à refuser d’accepter l’inacceptable, à refuser de défendre l’indéfendable, à expliquer l’inexplicable, à refuser de faire de la politique quelque chose qui s’apparente à de la tragi-comédie ou à de la comédie tragique. Ce qui est la même chose dans le fond.
Le tragique étant lié au fait que des gens meurent ou, à tout le moins, croupissent en prison pour des raisons politiques, ou sont privés de leur droit d’aller et venir à l’intérieur comme à l’extérieur du territoire national par le seul fait du prince. Ça c’est tragique. Le comique étant ce qui exprime le fait que ceux qui le font et qui savent qu’ils sont en tort, revendiquent quand même une légitimité démocratique alors que chacun sait que les congolais ont dit non à toute cette décrépitude sociétale. Quand on est des élites ou un intellectuel, c’est dramatique. Oui, j’ai été ministre dans ce pays. Je pense m’être comporté de manière digne dans ce que j’avais à faire. Je suis prêt, dans les conditions les plus transparentes possibles, à assumer ma part de responsabilité. Jamais, je ne me déroberais ni en philosophe, ni en homme d’État. Ce qui est un complot politicien, j’assumerai ma part en disant toujours non. Maintenant, les vraies raisons d’État qui peuvent se justifier à une époque ou à une autre, telle qu’une prise de position ou d’opposition de ma part, je laisse l’avenir juger. J’ai toujours été et je suis en paix avec ma conscience.

La Griffe : Le Fmi maintient ses exigences sur le Congo pour être éligible aux prêts. Qu’est-ce, selon vous, qui bloque l’application des exigences du FMI au Congo ?

Charles Zacharie Bowao : Lisez notre déclaration N°2 du 17 Août 2018 signée par la présidente Claudine Munari pour le compte de la Fédération de l’Opposition congolaise et par le président Mathias Dzon pour le compte du Collectif des partis politiques de l’Opposition congolaise.
Le Congo est même pour le FMI un véritable cas d’école. Le Congo a pris des engagements, entre autres, d’obtenir de ses partenaires étrangers et particulièrement de la Chine, la restructuration de la dette qui est devenue – tout le monde le dit- insoutenable. Il se trouve que le Congo a du mal à obtenir de ses partenaires pour des raisons que chacun peut imaginer, cette restructuration. Le FMI attend. Et entre-temps, la situation continue à se dégrader. La banqueroute est là. Le pays ressemble bel et bien à une entreprise en cessation de paiement. Certaines exigences ont été formulées et acceptées par le Congo d’entreprendre l’assainissement des finances publiques, de lutter contre la corruption, de redimensionner la SNPC, etc…toutes ces questions-là, vous voyez comme moi, que le Congo traine les pieds. L’Exécutif Sassou-Mouamba a du mal à entreprendre des mesures énergiques qui peuvent permettre au pays de retrouver un peu de crédibilité, de confiance et de bénéficier des facilités de financement. Le gouvernement actuel a échoué.

La Griffe : Pourquoi a-t-il échoué ?

Charles Zacharie Bowao : Par manque de volonté politique et par incompétence. La peur du lendemain pour répondre sur les échecs enregistrés et sur la gabegie financière …autant de choses effroyables qui font l’insalubrité gouvernementale et/ou environnementale. C’est une gouvernance hasardeuse que vit le pays. On apprend qu’il y a des cadres, interpellés ou gardés à vue à la DGST – on ne sait même pas si c’est vraiment cela la mission de la DGST, ou détenus à la maison d’arrêt pour détournement de fonds. Le pouvoir actuel ne peut pas être juge et partie. Cette pratique cacophonique relève à la fois du délit d’initié, du déni de justice et du déni de réalité. Celui qui a conduit le pays au chaos ne peut pas, avec les mêmes style, méthode, arrogance et irresponsabilité continuer traquer les maillons faibles de son système, et espérer ainsi se tirer du bourbier. Raisonnons par l’absurde, si l’on pouvait mobiliser le quintuple de ce que le Congo a comme dette, en vue de la restructurer et relancer l’économie, le gouvernement en sera incapable dans sa configuration présente et avec sa manière de gérer. Voilà pourquoi la vraie opposition républicaine dit : En toute humilité partagée et sans démagogie, allons ensemble avec courage vers un sursaut national. Nous nous retrouverons peut-être dans une année, pour faire le point, nous serons encore à la case départ si le pouvoir s’entête à gérer le pays comme il le fait. Pour le reste, puisque la crise continue, demain s’il y a un coup d’État de palais, une insurrection dans ce pays, personnellement, je ne serais pas surpris. La société va imploser si Monsieur Denis Sassou Nguesso ne s’engage pas avec le reste de l’ensemble du pays dans une voie de ressaisissement national.

La Griffe : C’est une prophétie ?

Charles Zacharie Bowao : Aucune. C’est un effort d’analyse. Je n’ai jamais été un prophète, ni de salut, ni de malheur. Je n’en ai pas les capacités. J’ai appris à faire de la prospective qualitative.

La Griffe : Avez-vous une dernière préoccupation.

Charles Zacharie Bowao : Tout ce que nous demandons, à l’ensemble des forces politiques, des forces citoyennes de se donner la main solidairement pour sortir le pays de ce chaos qui, malheureusement, hypothèque l’avenir de plusieurs générations. Il est temps que les élites se ressaisissent et prennent leurs responsabilités. Il est temps que les citoyens se lèvent et disent : non ça suffit !
La meilleure voie est le dialogue inclusif qui devrait permettre de réunir autour d’une même table ceux qui se proclament de l’opposition ou du pouvoir et jouent la logique de la constitution dite du 25 octobre 2015, d’une part, et ceux qui considèrent en face de ceux-là que le pays doit donner un nouveau consensus politique. Donc, la Fédération de l’Opposition, le Collectif des Partis de l’Opposition, les autres forces citoyennes qui constituent la majorité de ce pays, qui n’acceptent pas ce chaos. Vous savez que la constitution du 25 Octobre 2017, n’a jamais fait l’objet d’un débat, il se distribuait sous le manteau juste avant sa pseudo adoption, voilà les faits. Peut-être vous entant que journalistes vous avez participé à une rencontre citoyenne où le peuple a débattu de cette constitution. Si oui, vous me recadrez. Nous n’avons jamais débattu de cette constitution, le peuple congolais n’avait jamais débattu de cette constitution avant son adoption secrète.
Et tant que nous ne prendrons pas le mal à la racine, l’instabilité politique et institutionnelle se consolidera dans l’impunité et l’injustice. Quoiqu’il en soit, le pays implosera.

Propos recueillis par Sébastien Patrick DZEBA