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Lettre ouverte à ... Denis Sassou Nguesso est-il devenu l’ennemi de la Nation congolaise ? par Me Maurice Massengo-Tiassé
Crée le 17/05/2013 à 00:49:05
Mis à jour le 17/05/2013 à 00:49:05

Me Massengo-Tiassé aux USA, en pleine convalescence, dans les montagnes arrosées par le Rio grande, affecté par les violations des droits de l'homme au Congo (Actualités)

Me Massengo-Tiassé aux USA, en pleine convalescence, dans les montagnes arrosées par le Rio grande, affecté par les violations des droits de l'homme au Congo

Lettre ouverte à Denis SASSOU NGUESSO

Sassou Nguesso est-il devenu l’ennemi de la Nation congolaise ? par Me Maurice Massengo-Tiassé
Me Jean Martin MBEMBA entendu pour affaire X
Pour une affaire non précisée, la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) a adressé le lundi 13 mai 2013, une convocation à Me Jean Martin Mbemba, avocat, ancien Ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la justice et des droits humains, actuellement Président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, pour qu’il soit entendu par le Colonel Elie Atipo-Etou , Directeur des affaires intérieures à la DGST.
Pour information, Me Mbemba a adressé une copie de sa convocation à Me Massengo-Tiassé, son 2è Vice-Président à la CNDH en tant que chargé de la protection des droits de l’homme.
C’est donc avec une grande surprise et un grand étonnement que nous déplorons cette violation de la règle du droit par les services de la DGST. En convoquant le Président de la CNDH, sans lui préciser, si une information judiciaire est ouverte contre lui, les services de la DGST violent les principes qui régissent l’état de droit.

Les services de la DGST, ne sont mandatés par aucune commission rogatoire d’un juge d’instruction ou par réquisition du parquet, ayant sa cause dans la réalisation d’une infraction dont Me Mbemba serait témoin, complice ou auteur.
Aujourd’hui, Me Jean Martin Mbemba, demain à qui le tour et peut-être un autre cadre de la CNDH, pourquoi pas Me Maurice Massengo-Tiassé ?
La DGST n’a pas compétence à convoquer le Président ou les autres membres de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, ceux-ci ne peuvent être, ni recherchés, ni poursuivis, ni détenus, ni jugés pour des opinions ou les votes émis par eux dans l’exercice de leurs fonctions, cette disposition est bien claire dans la loi n°5-2003 du 18 janvier 2003 qui détermine ses attributions, son organisation et son fonctionnement selon les principes de Paris concernant le statut des institutions nationales des droits de l’homme.

Cette loi adoptée par le parlement est bien signée et promulguée par le Président de la République, Sassou. Elle précise en son article 31, que les membres de la CNDH bénéficient de l’application de la législation qui prévoit et réprime les menaces, les outrages et les violences envers les agents de l’autorité publique.
En réalité Me Jean Martin Mbemba serait-il coupable pour avoir reçu des requêtes des personnes détenues ou le collectif des sinistrés dans le cadre de l’affaire des explosions du 4 mars 2012?
Si cela est le cas où se trouverait le délit ou l’infraction ?

Pour ce faire, la CNDH est habilitée à recevoir et examiner des requêtes relatives à la violation d’un droit fondamental. La saisine est ouverte à toute personne, organisme ou ONG. La CNDH peut également user de sa faculté d’auto-saisine en se conformant aux principes de Paris.

Ce n’est pas par intimidation ou pression de la police politique qu’une institution comme la CNDH va abandonner sa compétence étendue pour la promotion et la protection des droits de l’homme. Les Congolais ont le droit de saisir la CNDH, organe constitutionnel prévu par les articles 167, 168 et 169 de la constitution du 20 janvier 2013.
Lorsqu’il y a eu la tragédie de Mpila du 04 mars 2012, il y a 13 mois en avril 2012, au nom de la Commission Nationale des Droits de l’Homme des droits de l’homme, Maître Mbemba avait adressé une correspondance au Président de la République, suite aux nombreuses plaintes des victimes et de ceux qui étaient arrêtés dans le cadre de cette affaire. Le Président de la République en monarque absolu n’a jamais daigné répondre ni recevoir le bureau de la CNDH, compte tenu de la gravité des cas de violation des droits de l’homme.

En gardant le silence pendant plus de 12 mois, le Président de la République ne peut pas répondre aujourd’hui, à la CNDH par l’audition ou l’arrestation de Maître Mbemba ou celle programmée de Maître Massengo-Tiassé, qui a échappé il y a quelques mois à une mort par empoisonnement après ses différentes prises de position depuis les explosions du 4 mars 2012.

Maître Jean Martin Mbemba comme les autres membres de la Commission dans le cadre du règlement des cas de violation des droits de l’homme reçoivent des plaintes des citoyens. L’article 26 de la loi n°5-2003 du 18 janvier 2003 détermine ses attributions, son organisation et son fonctionnement selon les Principes de Paris concernant le statut des institutions nationales des droits de l’homme précise : « Toute personne qui s’estime victime d’une violation d’un droit fondamental de l’homme, peut adresser une requête à la Commission nationale des droits de l’homme ».
L’une des principales fonctions de la Commission est d’assurer la protection des droits et des libertés garanties par la Constitution et des instruments juridiques nationaux et internationaux.
Nous avons peur que cette poursuite des défenseurs des libertés et des principes démocratiques soit mêlée dans un complot imaginaire contre la sécurité nationale. Pourquoi aujourd’hui ce volte-face du ministre d’état, ministre de la justice qui en décembre dernier avait rassuré les Congolais et l’opinion publique de la tenue du procès du 4 mars 2012, courant avril 2013.
Pourquoi ce même ministre d’état, jadis homme de parole et ami confirmé de Me Mbemba est-il silencieux à ce point ? Devient-il le pantin ou le bourreau de ceux qui veulent régler les comptes politiques ?

Le Ministre d’état, Maître Aimé Emmanuel Yoka, en déclarant le vendredi 10 mai 2013, que le procès des 26 prévenus de l’affaire du 4 mars 2012 ne sera organisé que lorsque l’affaire sera mûre, nous donne là le signal que le fusil a changé d’épaule et que le gibier est dans l’autre sens. Notre peur est que l’on recherche des coupables ou des responsables de la tragédie du 4 mars 2012 parmi les défenseurs des libertés, de la démocratie pluraliste au Congo et surtout parmi ceux qui veulent un procès équitable et juste.
Nous disons bien, que si le procès n’est plus possible à cause des vices de procédure sur tous les plans, qu’on abandonne les poursuites et que l’Etat par ses organes de sécurité et de défense reconnaisse sa négligence et sa responsabilité. La nation tirera par conséquent les leçons et indemnisera les victimes au lieu de divertir l’opinion et d’organiser un procès d’épuration ethnique et de règlement de compte aux partisans des anti-révision constitutionnels et de ceux qui dénoncent la mise en place d’une gouvernance dynastique ou clanique.
Monsieur le Président de la République, vous en avez donné la preuve avec les nominations des officiers généraux et les principaux directeurs généraux et chefs de services centraux. Vous avez érigé le tribalisme en mode de gestion des affaires publiques. L’unité nationale est ébranlée. Avec l’argent que vous pillez et que vous redistribuez pour acheter la conscience de certains esprits faibles. Vous avez créé des conditions d’inégalités entre citoyens, en favorisant les considérations sectaires pour gouverner un pays. Le PCT étant devenue une coquille vide et surtout qu’il ne draine plus de foule, vous vous servez aujourd’hui d’une institution respectable dans d’autres cieux, comme la franc-maçonnerie (1), pour confisquer le pouvoir à coup de milliards, en devenant grand maître et en ralliant également certains chefs traditionnels et notables. Vous voulez vous imposez à vie, ce n’est pas du goût et du choix du peuple.

Nous sommes tous concernés par l’interpellation de Me Jean Martin Mbemba, l’Etat, les citoyens, la société civile, les travailleurs notamment les enseignants grévistes qui sont aujourd’hui intimidés pour le fait de grève et toutes les personnes anonymes victimes de violation des droits, les vendeurs aux marchés, les chauffeurs de taxi, les élèves et étudiants qui sont dans la précarité alors que leur président se livre au père indigne négligeant sa famille pour entretenir d’autres foyers et favoriser des dépenses somptuaires à l’étranger pour des anniversaires et fêtes familiales.
Dès aujourd’hui au nom des droits de l’homme nous en appelons à la résistance contre cette tyrannie qui ne cache plus son visage, cette dictature qui veut intimider, oppresser les travailleurs pour confisquer les richesses de la Nation.
En 1993, nous dénoncions que le président de la République, Pascal Lissouba était un danger pour la démocratie, aujourd’hui 20 ans après nous disons que le président de la République Sassou Nguesso est l’ennemi de la Nation congolaise, car il est plus que dangereux en éliminant les fondements d’une nation, en instaurant la discrimination régionale ou départementale et la préférence des cadres militaires et civils issus pour la plus part de la même région. Gouvernant ainsi par des méthodes dictatoriales, d’élimination à petit feu des Congolais croupissant en majorité dans l’extrême pauvreté.
Si le Président Sassou Nguesso s’accroche à sa logique de confisquer le pouvoir par l’élimination et l’emprisonnement des cadres civils et militaires, nous organiserons une autre forme de résistance susceptible de mieux préserver l’unité et les ressources nationales.
Aujourd’hui votre marge de manœuvre est très réduite, vous n’allez pas coller aux défenseurs des droits de l’homme et du multipartisme intégral, un coup d’état associé aux officiers qui sont hostiles à votre hégémonie tribale.
Monsieur le Président Sassou Nguesso comme vous le savez, c’est au nom de la résistance citoyenne que personnellement, j’ai dénoncé les déviations du Président Pascal Lissouba du système démocratique établi par la conférence nationale souveraine. Vous avez rejoint le mécontentement populaire et la dénonciation du système de l’état upadésien du pouvoir, en vous plaçant à la tête des forces démocratiques unies pour appliquer les acquis de la conférence nationale souveraine et particulièrement la constitution du 15 mars 1992. En octobre 1997, vous avez voulu rassurer en donnant un nouvel élan démocratique à notre pays.
Nombreux y ont cru, vous avez été suivi et soutenu à revenir aux affaires, malheureusement par les armes. Hélàs, aujourd’hui la déception est plus que grande, vous avez fait pire qu’avant 1991 et vous prônez une paix qui laisse de nombreuses victimes des conflits armés et de la pauvreté. Aujourd’hui vous reprenez avec les méthodes de la répression politique s’opérant en dehors de toute loi. Lorsque un prisonnier d’opinion est libéré sous la pression de l’opinion publique, des ONG ou des personnalités internationales, vous les remplacez aussitôt par d’autres détenus choisis arbitrairement. C’est ce que vous avez fait programmer pour Maître Jean Martin Mbemba et moi-même.
Les prisonniers comme Marcel Ntsourou, Maître Ambroise Hervé Malonga, Marie Mpouelé, Joe Ebina et bien d’autres par exemple sont soumis ou ont été soumis à votre système d’otage, le régime spécial de la détention sans loi, en ce sens que le prisonnier n’est ni inculpé, ni jugé, ni condamné.
Dans un Etat redevenu policier par votre vouloir, l’ordre d’arrêter les gens émane le plus souvent de votre seule personne Monsieur le président de la République. Cet ordre est exécuté par votre propre police politique qui procède à des arrestations et à des détentions.
L’ordre de libération vient de vous-même Monsieur le Président. Il n’est pas souvent écrit et les personnes relâchées ne savent pas si elles recouvrent une liberté précaire ou définitive, ou si elles sont acquittées, graciées ou amnistiées.
Monsieur le Président, vous réinstaurez le régime du statut de suspect permanent inauguré par vous dans les années 1980. Thystère Tchicaya, Ernest Ndalla Graille, Lecas Atondi, Daniel Biampandou et bien d’autres s’en souviennent. Les personnes précédemment détenues dans le cadre de « la procédure du bon plaisir du président » et remises en liberté selon le même bon plaisir ne sont pas indemnisées. Elles restent suspectes et deviennent des individus qu’on peut à tout moment reprendre et interner. Ni coupables, ni innocentes, elles constituent en quelque sorte la réserve personnelle du Chef « des citoyens ». On peut à tout moment les transformer en boucs émissaires, en « comploteurs » quand les circonstances l’exigent, ou bien ils servent à exorciser une crise par des arrestations nombreuses.(2)
Même si nos brillants magistrats étaient impartiaux, ils ne savent plus quoi faire. Ils sont intimidés et ridiculisés. Ils perdent leur latin. Dans l’histoire ils seront jugés comme minables, parce que malgré eux, ils ont favorisé le régime de l’internement administratif, motivé par le souci de la défense nationale.
Monsieur le Président de la République, votre engagement pour le respect des acquis de la Conférence nationale souveraine n’était qu’une ruse, pour mieux confisquer le pouvoir et vous enrichir avec insolence. Où est aujourd’hui votre parole donnée à de nombreux jeunes que nous étions dans les années 1995 -1997. Où avez-vous mis ce programme d’espérance et de redressement de la démocratie, esquissé à cette grande rencontre citoyenne de Paris en janvier 1997.
Vous n’avez pas compris, les aspirations du peuple congolais à la paix durable dans l’unité, la solidarité, et surtout dans l’égalité entre les citoyens et les tribus de notre pays. Malgré le temps passé à la tête de l’Etat, vous n’avez pas compris que le projet Congo ne peut être l’apanage d’un individu, d’une famille, d’un clan ou d’un groupe d’individus, fut-il bien inspiré et quelque soit le génie réel ou supposé qui puisse leur être prêté.
Le Congo des villages et des bidonvilles est cerné par des pauvretés hallucinatoires et intenables, véritables exigences de changements, alors que vous dépensez des milliards pour soigner votre propre image, vous êtes devenu le plus grand corrupteur du monde et celui qui vient au secours d’autres peuples alors que chez vous la pauvreté se voit dans les rues, dans les familles et dans l’administration et même chez les agents de la force publique qui sont contraints de racketter les citoyens.
Le politique « embourgeoisé », n’est plus crédible. L’homme ou la femme d’affaires « impénitent », la jeunesse « obéissante et mendiante ».
Après trente ans de magistrature suprême, les Congolais retiendront les inégalités, la préférence clanique et des étrangers pour gouverner le Congo, le non respect de la règle de droit, les engagements non tenus et surtout l’absence de sanction et donc l’inexistence de l’état de droit.
Monsieur le président de la République, pensez-vous chaque instant au seul sujet qui taraude les esprits de nombreux Congolais, l’après Sassou-Nguesso que deviendra le Congo ? Quel héritage laisserez-vous ? Que deviendront votre famille biologique et votre clan que vous mettez au sommet de l’état et des affaires économiques, dans cet environnement devenu hostile avec les inégalités croissantes ? Hélas vos courtisans et vos collaborateurs d’aujourd’hui malgré les richesses accumulés n’auront jamais le courage d’assumer et de préserver ce pouvoir que vous faites gaver aux plus dociles et hypocrites. Ils sont de plus en plus nombreux, parmi les Congolaises et les Congolais qui souhaitent rapidement la fin de votre dernier mandat. Le peuple excédé rumine les possibilités d’une rupture avec la tyrannie installée.
Aucune tyrannie ne résistera longtemps sans être contestée par le peuple souverain.
Il est encore temps de faire évoluer radicalement le contexte politique, avec lui ses dirigeants, ses institutions, ses pratiques, sa conception de l’Etat pour une République fraternelle et respectueuse des acquis de la conférence nationale souveraine de 1991 et particulièrement de la charte de l’unité nationale.
Il est encore temps Monsieur le Président de la république de vous ressaisir. Personne ne restera éternel dans ce petit monde. Personne n’emportera dans sa tombe les richesses accumulées sur terre. Vos successeurs risquent de payer au prix fort vos égarements d’aujourd’hui.
Que les fameux accueils « triomphants » et coûteux à coup de milliards à chacune de vos sorties arrangées et maquillées, comme en France et les réceptions triomphantes dans les départements, ne vous donnent l’illusion d’être accepté par un peuple qui vit dans la misère.
Vous n’ignorez pas que la pauvreté est une violation des droits de l’homme. C’est en menant ce combat qu’il y a eu annulation de la lourde dette du Congo. Vous vous êtes bien moqué des institutions financières internationales, des Etats et des organismes bailleurs de fonds.
Au lieu de vous consacrer aux véritables problèmes de développement et d’industrialisation du pays, vous nous divertissez par des arrestations, des complots, pour chercher à vous maintenir au-delà de juillet 2016.
Monsieur le Président reconnaissez que vous n’êtes plus capable de faire reculer la pauvreté dans notre pays, vous avez plutôt créé une nouvelle classe des pilleurs arrogants qui méprisent le peuple par l’argent pillé des ressources nationales. Vous avez échoué, vous n’avez pas réussi à imposer le droit, vous avez choisi de diriger de manière mécanique et despotique.
Monsieur le président de la République, vous serez pour la paix et surtout pour la tranquillité de votre famille en annonçant, en août prochain et sans ambiguïté, que pour la fin de votre mandat qui court jusqu’en juillet 2016, vous vous engagez solennellement à ne point envisager une révision constitutionnelle, dans le seul but de vous maintenir au pouvoir et surtout en ne créant pas les conditions d’une succession dynastique.
Sinon la résistance du peuple vous chassera et vous privera d’une retraite paisible. Pour notre part au nom des droits de l’homme, nous sommes pour la résistance contre les méthodes tyranniques et oppressives du peuple. Il nous est donc permis selon le 3è considérant du préambule de la déclaration universelle des droits de l’homme, de désobéir, quand l’autorité abuse de son pouvoir, car il est cruel et inhumain que le gouvernement en vienne à des formes totalitaires ou à des formes dictatoriales qui lèsent gravement les droits des personnes ou des groupes sociaux comme des enseignants, des infirmiers, des chauffeurs de taxis et de bus, des vendeurs dans les marchés, les étudiants et les élèves.
Ainsi donc l’exercice de la désobéissance civile est un droit légitime d’une part contre la mauvaise gouvernance, votre entêtement à conduire le pays dans la division entre le Congo d’Oyo et le reste des départements et d’autre part l’éventualité de modifier la constitution et l’installation d’un état arbitraire s’appuyant sur une police politique.
Mais sachez que la désobéissance civile n’est pas un coup d’état, c’est la résistance à l’oppression, un droit inscrit dans notre constitution à travers le préambule de la déclaration universelle des droits de l’homme.
Nous disons aux agents de la force publique, la question de l’obéissance aux supérieurs est régie par le principe fondamental selon lequel les membres des forces publiques (armée, gendarmerie et police) ne sont tenus d’obéir qu’aux ordres légitimes comme le stipule également la Constitution du 20 janvier 2002 dans son article 10: « Tout citoyen, tout agent de l’Etat est délié du devoir d’obéissance lorsque l’ ordre reçu constitue une atteinte manifeste au respect des droits humains et des libertés publiques. L’ordre d’un supérieur ou d’une quelconque autorité ne saurait, en aucun cas, être invoqué pour justifier ces pratiques. Tout individu, tout agent de l’Etat, toute autorité publique qui se rendrait coupable d’acte de torture ou de traitement cruel et inhumain, soit de sa propre initiative, soit sur instruction, est puni conformément à la loi ».
Les agents de la force publique ne peuvent donc pas échapper à leurs responsabilités si en exécution d’un ordre, ils commettent des actes qui violent les règles incontestées en cas de conflit ou de paix. L’obéissance aveugle aux ordres ne suffit plus à excuser ceux qui commettent ces actes cruels, inhumains ou dégradants, les crimes rituels, les arrestations et détentions arbitraires.
Monsieur le Président de la république, et tous ceux qui sont sous vos ordres, sachez que les ordres qui commandent des actions contre l’individu et le peuple sont des crimes susceptibles d’être examinés à la Cour pénale internationale dont le Congo est partie prenante.
Monsieur le président de la République, je ne saurai terminer cette lettre, sans vous livrer à la méditation d’une part, de la déclaration du Président Barack Obama, le samedi 11 juillet 2009 au parlement du Ghana à Accra (A), et d’autre part du discours du Président François Hollande à Dakar (Sénégal), le vendredi 12 octobre 2012.(B).
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A – Le président Barack Obama des USA a livré sa vision du développement de l’Afrique le 11 juillet 2009 à Accra au Ghana.
« Nous devons tout d’abord reconnaître une vérité fondamentale à laquelle vous avez donné vie au Ghana, à savoir que le développement dépend de la bonne gouvernance. C’est l’ingrédient qui fait défaut dans beaucoup trop de pays depuis bien trop longtemps. C’est le changement qui peut déverrouiller les potentialités de l’Afrique. Enfin, c’est une responsabilité dont seuls les Africains peuvent s’acquitter.
Quant aux États-Unis et au reste de l’Occident, notre engagement ne doit pas se mesurer uniquement à l’aune des dollars que nous dépensons. Je me suis engagé à augmenter fortement notre aide à l’étranger, ce qui correspond à l’intérêt de l’Afrique et à celui des États-Unis. Toutefois, le véritable signe de réussite n’est pas de savoir si nous sommes une source d’aide perpétuelle qui aide les gens à survivre tant bien que mal, mais si nous sommes des partenaires dans la création des capacités nécessaires pour un changement transformateur.
Cette responsabilité mutuelle doit être le fondement de notre partenariat. Aujourd’hui, je parlerai tout particulièrement de quatre domaines qui sont essentiels pour l’avenir de l’Afrique et de tous les pays en développement : la démocratie, les possibilités économiques, la santé et le règlement pacifique des conflits.
Premièrement, nous devons soutenir les démocraties puissantes et durables.
Comme je l’ai dit au Caire, chaque nation façonne la démocratie à sa manière, conformément à ses traditions. Mais l’histoire prononce un verdict clair : les gouvernements qui respectent la volonté de leur peuple, qui gouvernent par le consentement et non par la coercition, sont plus prospères, plus stables et plus florissants que ceux qui ne le font pas.
Il ne s’agit pas seulement d’organiser des élections – il faut voir ce qui se passe entre les scrutins. La répression revêt de nombreuses formes et trop de pays, même ceux qui tiennent des élections, sont en proie à des problèmes qui condamnent leur peuple à la pauvreté. Aucun pays ne peut créer de richesse si ses dirigeants exploitent l’économie pour s’enrichir personnellement, ou si des policiers peuvent être achetés par des trafiquants de drogue. Aucune entreprise ne veut investir dans un pays où le gouvernement se taille au départ une part de 20 %, ou dans lequel le chef de l’autorité portuaire est corrompu. Personne ne veut vivre dans une société où la règle de droit cède la place à la loi du plus fort et à la corruption. Ce n’est pas de la démocratie, c’est de la tyrannie, même si de temps en temps on y sème une élection ça et là, et il est temps que ce style de gouvernement disparaisse.
En ce XXIe siècle, des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès – des parlements puissants et des forces de police honnêtes ; des juges et des journalistes indépendants ; un secteur privé et une société civile florissants, ainsi qu’une presse indépendante. Tels sont les éléments qui donnent vie à la démocratie, parce que c’est ce qui compte dans la vie quotidienne des gens.
Les Ghanéens ont à maintes reprises préféré le droit constitutionnel à l’autocratie, et ont fait preuve d’un esprit démocratique qui permet à leur énergie de se manifester. Nous le voyons dans les dirigeants qui acceptent la défaite gracieusement – le fait que les concurrents du président Mills se tenaient là à ses côtés lorsque je suis descendu de l’avion en dit long sur le Ghana – et dans les vainqueurs qui résistent aux appels à l’exercice de leur pouvoir contre l’opposition de manière injuste. Nous voyons cet esprit se manifester dans les journalistes courageux comme Anas Aremeyaw Anas, qui a risqué sa vie pour relater la vérité. Nous le voyons dans des policiers comme Patience Quaye, qui a contribué à faire traduire en justice le premier trafiquant d’êtres humains au Ghana. Nous le voyons dans les jeunes qui s’élèvent contre le népotisme et qui participent à la vie politique.
Alors ne vous y trompez pas : l’histoire est du côté de ces courageux Africains, et non dans le camp de ceux qui se servent de coups d’État ou qui modifient les constitutions pour rester au pouvoir. L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions.
L’Amérique ne cherchera pas à imposer un système quelconque de gouvernement à aucune autre nation. La vérité essentielle de la démocratie est que chaque nation détermine elle-même son destin. Ce que fera l’Amérique, en revanche, ce sera d’accroître son aide aux personnes et aux institutions responsables, en mettant l’accent sur l’appui à la bonne gouvernance : aux parlements, qui maîtrisent les abus de pouvoir et s’assurent que les voix de l’opposition peuvent s’exprimer ; à la règle de droit, qui garantit l’égalité de tous devant la justice ; à la participation civile, afin que les jeunes soient actifs dans la vie politique ; et à des solutions concrètes à la corruption telles que l’expertise comptable, l’automatisation des services, le renforcement des lignes d’appel d’urgence, la protection de ceux qui dénoncent les abus afin de promouvoir la transparence, et la responsabilité.
Et cette aide, nous la fournissons. J’ai demandé à mon gouvernement d’accorder davantage d’attention à la corruption dans notre rapport sur les droits de l’homme. Tous les gens devraient avoir le droit de démarrer une entreprise ou d’obtenir une éducation sans avoir à verser de pots-de-vin. Nous avons le devoir de soutenir ceux qui agissent de façon responsable et d’isoler ceux qui ne le font pas, et c’est exactement ce que fera l’Amérique.
Cela nous conduit directement à notre deuxième domaine de coopération – le soutien à un développement qui offre des débouchés aux gens.
Avec une meilleure gouvernance, je ne doute pas que l’Afrique tiendra sa promesse de créer une plus vaste base pour la prospérité. Témoin en est le succès extraordinaire d’Africains dans mon propre pays d’Amérique. Ils se portent très bien. Ils ont donc le talent et ils possèdent l’esprit d’entreprise – la question est de savoir comment s’assurer qu’ils réussissent ici dans leur pays d’origine. Ce continent est riche en ressources naturelles. Et que ce soient des chefs d’entreprises spécialisées dans la téléphonie portable ou des petits agriculteurs, les Africains ont montré leur capacité et leur volonté de créer leurs propres possibilités. Mais il faut également rompre avec de vieilles habitudes. La dépendance vis-à-vis des matières premières – ou d’un seul produit d’exportation – a tendance à concentrer la richesse au sein d’une minorité, laissant la majorité vulnérable à la récession. » (fin de cette longue citation du président Obama).
B - Extrait du discours de F Hollande à Dakar (Sénégal) le vendredi 12 octobre 2012
Mais la meilleure raison de ma présence ici est que je veux vous parler de l'avenir et d'une valeur universelle que nous défendons ensemble : la démocratie.
Voilà ce que nous portons ensemble.
Le respect des droits de l'homme, l'égalité devant la loi, la garantie de l'alternance, les droits des minorités, la liberté religieuse : autant de valeurs universelles ancrées chez vous et qui doivent s'épanouir dans toute l'Afrique.
Je ne suis pas venu en Afrique pour imposer un exemple, ni pour délivrer des leçons de morale. Je considère les Africains comme des partenaires et des amis. L'amitié crée des devoirs : le premier d'entre eux est la sincérité. Nous devons nous parler librement. Nous devons tout nous dire, sans ingérence, mais avec exigence.
La démocratie vaut pour elle-même. Mais elle vaut aussi pour ce qu'elle permet. Il n'y a pas de vrai développement économique ni de vrai progrès social sans pluralisme.
J'ai une conviction profonde : si l'Afrique, berceau de l'humanité, parvient à faire vivre pleinement la démocratie, partout et pour tous, si elle réussit à surmonter les démons de la division, alors, elle sera le continent où se jouera l'avenir de la planète.
L'Afrique est portée par une dynamique démographique sans précédent : la population au sud du Sahara doublera en l'espace de quarante ans - pour atteindre près de 2 milliards de femmes et d'hommes en 2050. Le nombre d'habitants aura été multiplié par dix en un siècle : c'est un changement sans équivalent dans l'histoire humaine. L'Afrique est la jeunesse du monde.
C'est vers cette Afrique de demain que je regarde en venant ici au Sénégal.
Le changement viendra d'abord et avant tout des peuples. Les Africains ont pris leur destin en main et ce mouvement ne s'arrêtera pas.
C'est vers cette Afrique de demain que je regarde en venant ici au Sénégal. (Extrait du discours de françois HOLLANDE à Dakar).

(1) http://www.frtdh.org/fr/article/la-instrumentalisation-de-la-franc-maconnerie-comme-un-viol-des-droits-de-la-homme-et-de-la-exercice-du-droit--18.html
(2) Me Maurice Massengo-Tiassé Comment peut-on vivre libre et digne en Afrique ? , africains vos droits et devoirs, avec la préface de Mario Stasi Ancien bâtonnier à la cour d’appel de Paris Editions Michel De Maule Paris 1988 239p ; (le régime du suspect permanent pages 50 à 52).
Rédigé en villégiature à Albuquerque (USA) le 15 mai 2013
Maître Maurice Massengo-Tiassé