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Pour la cause de béatification et de canonisation du martyr de la foi, les Congolais s’indignent du silence du Vatican
Crée le 25/09/2016 à 17:18:27
Mis à jour le 25/09/2016 à 17:18:27

Sa Sainteté le Pape Paul VI avec le Cardinal Emile Biayenda en mars 1973. (Actualités)

Sa Sainteté le Pape Paul VI avec le Cardinal Emile Biayenda en mars 1973.

Pour la cause de béatification et de canonisation du martyr de la foi, les Congolais s’indignent du silence du Vatican
Le Cardinal Emile Biayenda a été enterré vivant au cimétière d’Itatolo le 22 mars 1977 par Denis Sassou Nguesso après avoir fait assassiner le Président Marien Ngouabi le 18 mars 1977 et ensuite fait exécuter le 25 mars 1977 l’ancien Président Alphonse Massamba Débat.
Pour démêler l’écheveau de l’histoire qui éclaire la mémoire du Cardinal Emile Biayenda, aujourd’hui oublié par le monde entier – sauf par les enfants du Congo Brazzaville – deux dates doivent être reconnues. L’une, ayant un caractère hautement politique: le 1er janvier 1977, l’autre ayant un caractère profondément mystique: le 22 mars 1977.
Au moment où les démocrates congolais présentent au monde entier le rapport accablant sur les violations des droits de l’homme au Congo Brazzaville, les membres de l’Association Emile Cardinal Biayenda Santo Subito interpellent le Pape François pour que le Saint Emile Cardinal Biayenda soit sanctifié en tant que martyr de la foi depuis près de 40 ans.
Que se passe-t-il donc à Brazzaville le 1er janvier 1977? Ce jour-là la république populaire du Congo-Brazzaville, l’ancienne capitale de la France Libre reconnaît l’Etat du Vatican. Acte de reconnaissance hautement politique posé par le Chef d’Etat en ces années-là : le président Marien Ngouabi. C’est par son sang que le Président Marien Ngouabi paiera cet acte de reconnaissance du Vatican.
En effet, ce geste diplomatique d’un courage inouï à la fin ders années 70 – au cœur de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui « le temps de la guerre froide » - annonce clairement au monde entier que la république populaire du Congo va changer de camps, que le Congo Brazzaville communiste se prépare à infléchir sa politique, pour très vite retourner dans le camp occidental : celui de Rome, de Paris, de Bruxelles, de Washington …
Assurés du soutien de Moscou, le 18 mars 1977, des militaires Congolais s’emparent de Marien Ngouabi. Gravement blessé lors de sa capture il sera achevé par sa garde Cubaine. Un autre leader politique d’alors, l’ancien président Alphonse Massamba Débat – rallié à Marien Ngouabi – sera quent à lui jugé par un tribunal militaire d’exception qui ne garantissait pas les droits de la défense. Condamné à mort, il sera exécuté le 25 mars 1977. Son corps ne sera jamais remis à sa famille.
Que se passe-t-il le 22 Mars 1977 ? Brazzaville apprend la mort du Cardinal Emile Biayenda. Suivons le témoignage de l’Abbé Louis Badila : Une Land rover avec deux hommes à bord, va s’emparer à l’archevêché de Brazzaville, du cardinal. Nous pensions qu’il s’agissait d’une rencontre avec les autorités militaires. Toute la nuit, dans une ville sous couvre feu, nous avons attendu et espéré. A 3 heures du matin est tombée la nouvelle d’une transperçante douleur : devant les représentants des églises catholiques, évangéliques, salutistes, Kibanguistes convoqués en toute hâte à l’état major, le comité militaire du parti nous apprenait que le Cardinal Emile Biayenda avait été assassiné. » Le Cardinal Emile Biayenda fut retrouvé enterré dans le cimetière d’Itatolo. Son corps ne présentait aucune blessure par balles. L’un de ses bras était figé au-dessus de sa tête, comme pour se protéger dans un dernier geste désespéré pour repousser la terre qui l’ensevelissait. Cette posture, l’absence de trace de blessure mortelle, indiquaient clairement qu’il avait été enterré vivant. A la morgue de Brazzaville, où il fut transporté ce jour-là, la raideur cadavérique de son bras, dans cette position insolite, dans ce réflexe de défense ultime, impressionna tous les témoins.
Emile Biayenda fut créé Cardinal par le Pape Paul VI le 5 mars 1973. C’est dans la prière et le secret de son cœur que le Vicaire du Christ sur la terre – le Pape – crée des Cardinaux. Au-delà de ladimension mystique que comporte le choix d’un Cardinal, le Pape se doit de prendre en compte tous les subtils équilibres géopolitiques du monde. Emile Biayenda est le 1er Cardinal d’Afrique Centrale. Très clairement cela signifie que le Pape, et derrière lui toute l’Eglise Catholique et plus encore tous les dirigeants chrétiens du monde occidental, envoie Emile Biayenda en première ligne pour mener ce combat contre le communisme en Afrique. Au cours de ces années 70 , le Congo Brazzaville, plus que tous les autres pays de la région, sombre dans la misère. A la mission de Leketi, le père Georges Firmin Singha témoigne : Depuis ce matin, des femmes chargées de paniers de palmiste s’en vont à Okoyo où se tient le marché aujourd’hui. Certaines viennent de loin, de très loin même, de la limite Congo-Gabon. (…) Voici plus de 10 mois qu’on n’a pas acheté leurs produits. (…) Elles sont astreintes à parcourir 30, 40, 70 voire 100 km. Dire que l’on est au temps de l’indépendance et de la révolution. (…) Pendant ce temps, une bande de petits braillards crie, tape sur les colonialistes, tandis que nos paysans de l’arrière pays pleurent les colonialistes. Aleurs temps, leurs routes étaient bonnes, leurs produits régulièrement achetés et sur place. Vers où va le pays ? « Nous devons la conservation de son journal grâce au travail du professeur Côme Kinata qui a écrit un magnifique ouvrage à la mémoire de cet autre grand saint du Congo que fut Firmin Singha.
Emile Biayenda, par sa foi, sa prière, son charisme sut rassembler tout le Congo-Brazzaville dans ce combat contre le régime communiste : Les catholiques, bien sûr, mais aussi et surtout les évangelistes, les salutistes, les kibanguistes, en un mot : toute la famille chrétienne.
En 1977 donc, treize ans avant la chute du mur de Berlin, le Congo Brazzaville s’était engagé sur une voie qui devait sortir le pays de l’impasse communiste. Le 22 mars 1977, Emile Biayenda n’ignore rien des circonstances tragiques de l’assassinat de Marien Ngouabi et de Alphonse Massamba Débat, 4 jours auparavant. Il ne lui était sans doute pas difficile de fuir vers Kinshasa. No, Emile Biayenda est resté avec son peuple. Il sait les massacres, les déchirures, les tragédies que son peuple va vivre dans ce coup d’Etat. Il sait que le Congo Brazzaville va entrer dans les ténèbres. Il ne veut pas fuir la croix que notre Seigneur Jésus Christ lui propose librement pour Le suivre. Il sait, que par cette croix acceptée, il finira par sauver son peuple en éclairant le Congo-Brazzaville de la vraie lumière des martyrs. Les hommes qui viennent s’emparer de lui le 22 Mars sont des militaires congolais, les cubains ne sont en aucun cas complices de ce crime. Il s’agit d’une affaire strictement congolaise. Il s’agit d’un crime rituel, lié à certains cultes sombres qui assoient leur pouvoir sur les hommes en invoquant les forces du mal. Ces forces de la mort agissent la nuit et c’est bien dans l’effroi de la nuit du 22 mars 1977 que le cardinal Emile Biayenda connut son martyr.
Après les troubles de l’année 1977, de nombreux procès eurent lieu à Brazzaville : douze hommes furent condamnés à mort notamment pour les crimes de Marien Ngouabi, de Masamba Débat et du Cardinal Emile Biayenda. C’est le père Michel Thiriez, aumônier de la prison de Brazzaville, prêtre fidei donum du diocèse de Lille, qui assista ces douze malheureux le jour de leur exécution. Il dira aux pères spiritains de Brazzaville : « ces douze hommes étaient innocents ». Après le coup d’état on peut dire qu’en effet le Congo-Brazzaville sortit de l’ère communiste, mais non pour entrer dans le camp des démocraties occidentales, mais pour entrer dans une ère totalitaire infiniment plus sombre que le communisme, fondant son pouvoir sur la division des hommes, l’effroi quotidien et la mort : un gouvernement par la terreur.
En Pologne, le Père Jerzy Popieluszko, alors aumônier du syndicat Solidarnosc, figure emblématique de la lutte contre communisme est assassiné le 19 octobre 1984. C’est au plus niveau de la Pologne communiste d’alors que l’ordre d’en finir avec ce prêtre a été donné. Ce sont des officiers de la police polonaise qui, avec une infinie cruauté, se chargent de le torturer jusqu’à la mort . On peut affirmer que les circonstances du martyr du père Popieluszko sont identiques à celles du Cardinal Emile Biayenda. En 2009, le Pape Benoît XVI approuve la Béatification de Jerzy Popieluszko en tant que martyr de la foi, 25 ans seulement après son martyr. En effet, la béatification d’un martyr de la foi peut avoir lieu sans qu’un miracle soit reconnu.
En septembre 1996, soit 19 ans après sa mort, Monseigneur Barthelemy Batantu, Archevêque de Brazzaville introduisait à Rome la cause en béatification et en canonisation du Cardinal Emile Biayenda.
On peut se demander, nous les Congolais, pourquoi le père Popieluszko est entré dans la grande lumière du martyrologe romain, alors que chaque année le souvenir du lumineux Emile Biayenda semble s’effacer de plus en plus des mémoires et entrer dans l’oubli. Pourquoi le Vatican refuse-t-il de cultiver, pour la gloire de Dieu, le salut du Congo et de l’Afrique centrale toute entière, de Brazzaville à Bangui, la mémoire de notre saint Cardinal Emile Biayenda? Sans doute que de subtiles raisons géopolitiques en Afrique Centrale interdisent à Rome de rappeler sa mémoire. En effet, ceux qui assassinèrent le Cardinal tiennent toujours les rênes du pouvoir à Brazzaville. Mais il faut le dire ici à Paris, c’est la France, fille aînée de l’église qui remit en place, en 1997, ce même pouvoir à Brazzaville. En cette période où les congolais sont arrêtés, torturés, exécutés où le Pool région natale du Cardinal est le théâtre des crimes, près de 40 ans après la mort du Cardinal, puisse le Pape François entendre notre supplique :
« Très Saint Père, nous vous supplions de bien vouloir accepter de reconnaître le martyr de notre père, le Cardinal Emile Biayenda qui sut vous obéir et suivre notre Seigneur Jésus-Christ jusqu’à la mort. Soyez bien sûr très saint père que comme l’Evangile qui partit de Paris pour éclairer Brazzaville puis Bangui, il y a plus de cent ans, cette lumière du Cardinal Biayenda que vous nous aiderez à allumer à Rome saura chasser ces ténèbres qui se sont abattus depuis si longtemps sur Brazzaville jusqu’à Bangui. »
Hervé Zebrowski, Initiateur de l’Association Cardinal Emile Biayenda, Santo Subito
Maurice Massengo-Tiassé, Membre