Union Africaine : l’élection de Madame Nkosazana Dlamini- Zuma constitue une victoire du bloc de l’émancipation africaine sur l’Afrique soumise. Par Ingrid Fora
Crée le 19/07/2012 à 15:03:50
Mis à jour le 19/07/2012 à 15:03:50

Mme Nkonsazana Dlamini-Zuma, la nouvelle présidente de la Commission de l'UA, promet de renforcer l'UA et de faire le ménage (Nouvelles des ONG, INDH, organisations régionales et onusiennes)

Mme Nkonsazana Dlamini-Zuma, la nouvelle présidente de la Commission de l'UA, promet de renforcer l'UA et de faire le ménage


L’élection de Mme Nkosazana Dlamini-Zuma à la tête de la Commission de l’Union Africaine constitue la victoire du bloc de l’émancipation africaine sur l’Afrique soumise, complaisante et corrompue avec les régimes tyranniques.
Née le 27 janvier 1949, pendant ses études, elle se lance dans la politique au sein de l’ANC, parti leader des Noirs à l'époque de la lutte anti-apartheid où les militants risquaient leur vie. Traquée par la police du régime raciste des Boers, elle a choisi de poursuivre ses études dans les universités britanniques de Bristol et de Liverpool.

En exil, elle y a contribué à organiser la lutte de l'African National Congress (ANC) contre le régime d'apartheid depuis l'étranger. Avec le temps, elle gravira les échelons au sein du parti, partageant son temps entre Londres et l'Afrique australe. Et c'est au Swaziland, en exil où elle exerçait comme pédiatre dans un hôpital, qu'elle rencontre Jacob Zuma en 1978. Elle devient la troisième épouse du futur président, polygame. Ils ont divorcé en 1998. Bien que militante engagée, elle se caractérise selon de nombreux commentateurs, par sa tempérance mais, aussi une grande détermination. Des atouts qu’elle mettra en jeu dans l’exercice de ses nouvelles fonctions, comme du moment où, elle avait été appelée à reformer le système de santé dans son pays, en tant que ministre de la Santé de Nelson Mandela en 1994. A la tête du Ministère des affaires étrangères sous la présidence de Thabo Mbeki, elle y a été l’artisan d’une diplomatie tranquille, notamment envers le Zimbabwe, maintenant coûte que coûte une politique de bon voisinage avec Harare. En 2009, l'ex-épouse du président Jacob Zuma est devenue son ministre de l'Intérieur. Sa rigueur, sa poigne et son caractère bien trempé lui ont permis de remettre de l'ordre dans cette maison très mal gérée.

En devenant la première présidente de la commission de l’Union Africaine elle évoque ses priorités pour l'organisation continentale, et promet de renforcer l'organisation et de faire le ménage. Elle a fait campagne autour de la refonte des méthodes de travail de la Commission. Ce n’est pas l’Afrique du sud qui aura la mainmise sur l’Union Africaine, mais c’est elle qui va déménager au siège de l’UA à Addis Abeba et va, d’une part s'entourer de bons administrateurs, et d’autre part avoir le soutien de tous les Etats et de la société civile à la quelle il faudra expliquer les grands enjeux sans langue de bois, pour qu’enfin le combat pour l’unité africaine devienne une cause populaire.

Avec l’élection de Madame Nkosazana Dlamini Zuma, l’Union Africaine vient de mettre fin à une vielle tradition qui ne permettait pas aux représentants des puissances du continent d’être élus. Depuis l’OUA, les Secrétaires généraux jusqu’à l’UA, les Présidents de la Commission étaient élus parmi les ressortissants des pays moins puissants.
L’échec de la réélection du président sortant de la Commission, le Gabonais Jean Ping reste une grande défaite pour tout le système françafrique. En effet, l’ancien Ministre des affaires étrangères du Gabon a toujours été très attaché aux directives de l’Union Européenne grande pourvoyeuse de fonds au profit de l’UA.

L’élection de Madame Nkonsazana Dlamini constitue une grande victoire diplomatique pour le président sud africain Jacob Zuma et cela pourrait basculer à son avantage lors des prochaines élections à l’ANC, dans cinq mois. Une élection qui déterminera le maintien, au non de Zuma à la tête du parti et, par ricochet, en même temps du pays.
Le mandat de Mme Nkonsazana Dlamini-Zuma risque d’être mouvementé à cause du choix du pays africain qui va siéger au Conseil de sécurité de l’ONU en tant que membre permanent. Elle pourra peser pour le choix de l’Afrique du sud.

La France a félicité chaleureusement et adressé ses vœux de réussite à Madame Dlamini-Zuma, première femme à la tête de la Commission, pour son élection, ses grandes qualités personnelles et surtout son expérience politique. « L’ex épouse du président Sud Africain apportera certainement tout son dynamisme au service de l’Afrique ».

Jusqu’ici la commission de l’UA n’a été dirigée que par des hommes ressortissants de pays francophones. Le premier président de la commission est l’Ivoirien Essy Amara (2001-2003). Le deuxième est le Malien Alpha Oumar Konaré (2003-2008) et le troisième, le Gabonais Jean Ping (2008-2012).

Cependant, l’OUA a eu deux anglophones comme secrétaire général, le Tanzanien Salim Hamed Salim (1989-2001), le nigérian Peter ONU, l’a dirigé en tant qu’intérimaire de 1983 à 1985. L’Ethiopien Kifle Wodajo a été le tout premier secrétaire général de l’OUA de 1963 à 1964 ; Cinq personnalités des pays francophones ont occupé les fonctions de Secrétaire général, il s’agit : Boubacar Diallo Telli, Guinéen (1964-1972) ; Nzo Ekangaki, Camerounais (1972-1974) ; William Aurelien Eteki Mboumoua, Camerounais (1974-1978) ; Edouard Edem Kadjovi Kodjo du Togo (1978-1983) et Idé Oumarou du Niger (1985-1989).

Conformément à l’Acte constitutif de l’Union Africaine, la Commission est composée d’un président, d’un vice-président, de commissaires et de personnel. La structure, les fonctions et le règlement intérieur de la Commission sont approuvés par l’Assemblée. Les chefs d’états nomment le président et le vice– vice-président, tandis que les commissaires sont nommés par le Conseil des ministres. Les huit autres commissaires sont chargés des affaires courantes de l’UA. La durée du mandat des commissaires est de quatre ans.
Le président de la Commission de l’UA rend compte au Conseil exécutif des ministres.

Depuis février 2009 la Commission de l’UA a une Autorité de l’UA, avec des pouvoirs renforcés
La Commission propose des mesures politiques et budgétaires, à l’examen par les autres organes de l’UA, et elle est chargée de l’application des décisions du COREP, du Conseil exécutif des ministres et de la Conférence. La Commission fournit également un soutien opérationnel au Conseil de paix et de Sécurité, à l’ECOSOC, au Comité d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant et à d’autres activités de l’UA.

La Direction des citoyens africains et de la diaspora (CIDO) de la commission de l’UA, située dans les locaux du bureau de la Présidence, est le bureau officiel de liaison pour les organisations de la société civile africaine ou de la diaspora africaine qui souhaitent interagir avec la Commission. La CIDO est chargée de l’accréditation des ONG qui veulent participer aux sommets et autres réunions et tient lieu également de secrétariat de l’ECOSOC, l’organe de la société civile de l’UA.


Ingrid Flora