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L'an 30 de la CNS - Bilan négatif - Comment Me Massengo-Tiassé a rencontré et sauvé Sassou Nguesso des bombardements programmés à Oyo en octobre 1994 par Lissouba et Yombi? :
Ajouté le 27/05/2021


25 fevrier -10 juin 1991 - 25 février -10 juin 2021
Chronique du bilan négatif de la Conférence Nationale Souveraine.

Trente ans déjà - Le bilan négatif de la Conférence Nationale Souveraine (partie 2)- Me Massengo-Tiassé Témoigne et fait son mea culpa.

Tous les conférenciers devraient faire amende honorable puisqu’ils ont permis à Sassou Nguesso mis en cause à la Conférence Nationale Souveraine de se représenter aux élections et de continuer à peser sur la vie politique. Le peuple qui lui a apporté ses suffrages en 1992, en obtenant la position d’arbitre, devrait également faire amende honorable.

Et enfin pourquoi dois-je assumer les erreurs collectives que j’étais pourtant seul à dénoncer à la tribune de la CNS, en réclamant les mesures conservatoires destinées à écarter tous ceux qui ont été cités dans les crimes de sang et les crimes économiques.

J’ai dénoncé également, le premier, l’escroquerie politique de la conférence nationale souveraine. Qui m’a cru à ce moment-là ? Personne ! Et alors pourquoi aujourd’hui les gens se plaignent-ils et exigent-ils mon mea culpa pour avoir rejoint, en démocrate, la majorité qui a appuyé Sassou Nguesso, « défenseur de la constitution et de la démocratie » ? Est-ce ma faute s’il a repris son costume de renard et de carnassier qu’on a connu avant la cérémonie de lavement des mains à la Conférence nationale souveraine ?

Comment en tant que démocrate pouvais-je continuellement m’opposer à la majorité de ceux qui pensaient que Sassou, s’était assagi et pouvait changer ? Son ami Kérékou avait bien réussi sa mutation. Sassou, lui, reste le diable, le démon, le fantôme qui hante les nuits des Congolais.

Comme la grande majorité, j’ai accepté les appels de Sassou pour dénoncer Lissouba et le soutenir dans le combat en vue du respect de l’État de droit.
Ce n’est pas moi qui avais cherché à rejoindre l’ancien Président Sassou. C’est lui qui m’a fait chercher par le Colonel Michel Ngakala, après la tragédie de Saint Pierre en 1994. Estimant qu’en tant que Président du Forum des droits de l’Homme, mes publications étaient intéressantes, il avait besoin de mon expertise. Lui étant en difficulté avec ses adversaires qui l’accusaient d’avoir une base militaire au bord du fleuve Alima, il fallait que je fasse un reportage et que je témoigne de ce que j’aurais vu. C’est ainsi qu’en me rendant chez lui à Oyo, j’ai pu le rencontrer pour la première fois.

Mon déplacement à Oyo comportait un grand risque pour moi. Étant recherché par la police politique du Président Pascal Lissouba, il fallait passer plusieurs points de contrôle. Le plus risqué était celui d’avant le pont de la Nkéni à l’entrée de Gamboma.
Je me souviens que, pour la première fois mes oreilles avaient bourdonné et qu’une voix me disait: sois calme, nous sommes avec toi. Tout se passera bien. Dès que tu arrives tu fais ta prière. Je n’étais pas seul à faire ce voyage, j’étais donc rassuré.

En effet, les agents de la force publique nous firent tous descendre du car, en prenant nos pièces d’identité. Ils nous firent remonter après une fouille minutieuse, carte d’identité à l’appui. Chaque individu contrôlé devait être décoiffé et décliner son état civil avant de remonter dans le bus Toyota Coaster à destination d’Owando via Oyo.

En arrivant à Oyo, j’ai trouvé l’ancien Président Sassou avec son épouse et certains de ses collaborateurs comme Florent Tsiba vêtu de Jean’s, André Mouélé et bien d’autres.
C’est la première fois que je rencontrais Sassou Nguesso l’ancien Président. Il avait à peine la cinquantaine, très attentif, apparemment transformé, se disant démocrate et pieux. Nous avons fait chez lui un chapelet ensemble avec son épouse et la personne qui m’avait accompagné. Je suis resté à Oyo dix jours, en septembre 1994, et je logeais à l’hôtel Bel Air où j’ai rencontré un homme très rigoureux et bienveillant qui s’est présenté à moi : le commandant Blaise Adoua.

Le pouvoir de Lissouba était au courant de mon séjour à Oyo, les barrages filtrants étaient renforcés afin de m’appréhender au retour. Peine perdue. Grâce à Pierre Oba, le capitaine S. à Ollombo m’avait remis une nouvelle pièce d’identité au nom de Péa Marc. J’étais tellement précieux et important du fait du reportage enquête, que je venais de faire sur la prétendue base de Mig à Oyo que les hommes de Sassou m’ont fait changer trois fois de véhicule entre Oyo et Brazzaville.

Le dernier relais était celui du colonel Ilobakima venu me récupérer vers le pont de la Léfini, accompagné d’un célèbre journaliste de Radio Télé Congo du nom de Nguinda Nguinda. Nous étions dans un véhicule de la police politique, semant ainsi les services secrets de Pascal Lissouba, pour échapper au contrôle. C’est ainsi que j’ai pu atteindre Brazzaville, sans difficulté.
Pour des raisons de sécurité, le Colonel Ilobakima voulait me laisser chez Bernard Kolélas qui m’attendait et que Sassou avait informé. J’avais dit : « Non laissez-moi vers Mabouaka. Je vais me débrouiller. Je suis né à Bacongo et je connais mes planques. J’ai de la famille un peu partout. » Je ne faisais pas confiance à Bernard Kolélas, que je ne fréquentais plus depuis qu’il m’avait envoyé des éléments de sa milice Ninja pour me menacer en 1992. Je le considérais instable et immature en politique. Il avait confisqué mes affiches de campagne aux élections législatives de 1992 auxquelles je m’étais présenté en candidat indépendant à Bacongo, car pour lui, il fallait que j’accepte d’adhérer au Mouvement Congolais pour la Démocratie et le Développement Intégral (MCDDI). Ce qui était impossible.
Et curieusement, quelques jours après on m’a délivré un mandat d’amener signé par le Magistrat Kitoko Ngoma. Dieu seul sait si Bernard Kolélas n’allait pas me livrer à cette justice moribonde aux ordres du pouvoir de Lissouba.
Dans ma cachette de la rue Ceinture à Bacongo, de temps en temps, le Capitaine Jean Dominique Okemba qui vivait à l’époque à l’OCH vers l’immeuble des Italiens, accompagné du Lieutenant Serge Oboa, venait s’informer et me demander de vite quitter le pays. Le Président Sassou s’inquiétait, car j’étais un précieux témoin qui avait empêché l’exécution du projet de bombardements d’Oyo sur les prétendues bases de mercenaires marocains.
Ma vie était donc menacée après la publication du journal Le Forum VSV N°02 du 20 septembre 1994 dans lequel, en témoin oculaire j’affirmais qu’il n’y avait ni aéroport, ni base militaire, ni camp de mercenaires à Oyo et ses environs. La publication de ce journal avait redonné la liberté à Sassou, qui était en prison à ciel ouvert dans son petit bourg.
Il fallait vite sortir du pays, puisque je détenais une vidéo et des photos de mes investigations d’Oyo, qui pouvaient confondre ceux qui envisageaient de bombarder chez Sassou, accusé de détenir des Mig 21 basés dans un aéroport qui n’existait pas. Ce que j’ai fait pour Sassou, je l’ai fait des années plus tôt : « En tant que défenseur des droits de l’homme, je ne peux pas accuser quelqu’un à la légère ».Je me suis engagé à Amnesty International en juin 1976 dans la section française à Paris 15è au 18, rue Théodore Deck.
En effet, pendant le monopartisme, de nombreux citoyens ont été accusés, arrêtés et détenus arbitrairement. C’est le cas du Professeur Pascal Lissouba qui a été victime de l’intolérance. J’ai mené des campagnes internationales pour obtenir sa libération ainsi que celle de Bernard Kolélas, Yhombi Opango, Thystère-Tchicaya, Claude Ernest Ndalla "Graille", Philippe Bikinkita, d’Alexis Gabou, Martial Ikounga, Lecas Atondi-Momondjo, Gaston Issambo, Bonaventure Ingobo, Bernard Mackiza, Colonel Nzalakanda, Albert Mianzoukouta, Daniel Biampandou, Florent Kihoulou, etc.. «C’est dans l’appartement de Maître Mbéri Martin à Noisiel dans le Val de Marne en France, que nous avions pu joindre mon ami l’acteur et comédien Yves Montand. Celui-ci a bien pesé auprès des ONG et des dirigeants français afin d’obtenir la libération des personnes injustement mises en cause par Sassou Nguesso dans l’affaire des bombes du Cinéma Star en 1983.
Nul n’ignore que notre pays, plus précisément le peuple Congolais, a subi un préjudice du fait de la torture, des détentions arbitraires, des exécutions sommaires et des assassinats politiques. Or, ce système de répression et de dictature inauguré par Pascal Lissouba en 1965 a été poursuivi et amplifié à outrance par le même Sassou qui m’a demandé de l’aider.
Quelques jours après le passage du capitaine Jean Dominique Okemba du Lieutenant Serge Oboa, J’ai fait une réservation à la Sabena, au centre-ville, pour Bruxelles, Paris par Kinshasa.
Je ne pouvais donc plus prendre le Vol Sabena à partir de Brazzaville, au risque de me faire arrêter. Toutes les frontières étaient en alerte. Je ne pouvais donc pas sortir par Maya Maya.
A cinq jours de mon départ à Kinshasa, trois agents des services de police en civil, sont arrivés dans la rue Ceinture afin de m’arrêter. La scène est incroyable et relève d’un phénomène d’invisibilité « le Mpini ». Ils ne m’avaient pas reconnu, puisqu’un d’entre eux dit, je cite : « c’est ici que vit Maître Massengo-Tiassé ?» J’avais répondu « oui » machinalement.
Nous voulons le rencontrer, on a une correspondance le concernant qui vient de Genève. J’ai répondu « Ah bon, laissez la moi ». « Non c’est à remettre en main propre me disent-ils ».
Après hésitation l’un d’entre eux me demande « qui êtes-vous pour lui ? ». « Je suis un locataire ici. Maître Tiassé vient à l’instant de sortir en prenant la direction de la commune de Makélékélé » ai-je déclaré. Sans me dire merci, ils ont couru en descendant la montagne sainte. Ils avaient laissé leur Suzuki de couleur blanche non loin du Centre hospitalier de Makélékélé. Un de mes petits, discrètement les avait suivis et m’a rendu compte.
Je venais d’échapper à une première tentative d’enlèvement et d’assassinat au Congo. J’en avais vu un qui cachait un pistolet sous le blouson.(Extrait du livre "l'Autopsie d'un état totalitaire, Crimes d'un génocidaire" page 20 et suiv.)
A chacun d'apporter sa part de contribution pour écrire la véritable histoire du Congo.

Genève le jeudi 27 mai 2021

Me Maurice Massengo-Tiassé
Avocat - Dr d'état en droit
Spécialiste en droit international des droits de l'homme.
Candidat au poste de Premier Ministre pour diriger la transition à la Conférence Nationale Souveraine.


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